Astérix chez les Helvètes

Chaque voyage enrichit leur savoir et leur expérience. Ainsi se termine cet album qui voit nos deux héros gaulois partir à la quête de l'étoile d'argent, révélant ainsi un chemin initiatique compagnonnique en les conduisant en Helvétie.
C'est l'occasion pour les auteurs de mettre en exergue les caractéristiques des Suisses : le secret bancaire, la propreté, l'exactitude et des allusions aux institutions internationales ayant leur siège à Genève, à Guillaume Tell, à la Croix-Rouge, au festival de Montreux.
Goscinny, Uderzo, Astérix chez les Helvètes, éd Dargaud, 48 p., 9,90 €
Dune 1/2

Dune, appelée également Arrakis est la planète la plus inhospitalière de l'Empire, un désert sans fin, parcouru par des vers géants et qui produit l'épice, une drogue achetée à prix d'or pour ses vertus permettant de prolonger la vie et parfois d'attribuer un don de prescience à ceux qui la consomment. Le duc Leto Atreides reçoit cette planète en fief, mais il sait qu'il s'agit d'un piège pour l'éliminer. Cependant son fils Paul, un être muni de dons extraordinaires résistera au désir de vengeance et de tuerie exprimé par les ennemis de sa famille, les Harkonnen, pour reconquérir ses biens avec l'aide des Fremen, étranges habitants de Dune aux yeux entièrement bleus dotés d'une force physique et morale hors du commun.
Franck Herbert met en avant des thèmes qui prennent une résonance particulière de nos jours, comme le pillage des ressources, le manque cruel d'eau, les manipulations génétiques, la drogue, la guerre sainte, le messianisme, les religions, la foi, les monopoles commerciaux, les guerres entre nations, le pouvoir arbitraire.
Franck Herbert, Dune 1, éd Pocket, 348 p. , 2 €
Le docteur Pascal

Dans le dernier volume des Rougon-Macquart, Emile Zola présente la figure scientifique qu'est le docteur Pascal Rougon, médecin de 60 ans, féru d'hérédité, génie scientifique qui déroule l'arbre généalogique des Rougon-Macquart - celui dessiné par Zola en illustration - aidé en cela par sa nièce Clotilde, superbe jeune femme de 25 ans, non entachée de tares héréditaires, mais qui vivra une liaison passionnée avec son oncle. D'un côté nous trouvons la branche des Rougon, celle qui a réussi, mue par la politique, l'affairisme, la sainteté, le grand commerce, et de l'autre les Macquart touchés par l'ivrognerie, le meurtre, la prostitution. Zola que l'on peut identifier au docteur Pascal tant dans sa vie littéraire que privée, brosse là un tableau sociologique du Second Empire d'une incroyable précision, mais il dessine constamment en filigrane et notamment dans son dernier opus la supériorité de la science sur la religion, la puissance et la nécessité de l'instruction contre l'obscurantisme et la foi inébranlable dans la vie et en l'homme qui malgré les vicissitudes, les malheurs, les tares doit assurer la survie du genre humain.
Emile Zola, Le docteur Pascal, éd Kindle
Le chandelier d'or

En 70 après J.-C. les Romains avec à leur tête Vespasien leur empereur pillent le temple de Salomon et emportent dans leur butin la menora, le chandelier sacré des Juifs, pour le transporter à Rome. De là se pose la question à David Gibbins, de savoir ce qu'est devenu cet objet. Il semble que la menora ait voyagé de Rome à Constantinople puis qu'elle soit passée aux mains d'un roi viking nommé Harald Hardrada qui aurait découvert le Yucatan et combattu les terrifiants Toltèques pour finalement être convoitée par des puissances maléfiques a l'instar du félag et de l'ordre noir de la SS. En fait nul ne sait ce qu'est devenu un des symboles les plus puissants du judaïsme après l'Arche d'alliance. Pour l'auteur, il garde un pouvoir surnaturel, celui de forger la destinée des hommes.
David Gibbins, Le chandelier d'or, éd First, 363 p., 19 €
Épigramme à l'ail

Accroché au pied du lit, il était censé éloigner les mauvais esprits. Henri IV, avec plus d'esprit en croquait au saut du lit pour s'assurer une longue vie.
Aujourd'hui si tu ne veux pas que ta douce te repousse, ne croque pas sa gousse avant d'aller au lit.
CD, 26 décembre 2018
La zizanie

César n'ayant pu lever de nouvelles ressources pour une campagne contre le village des irréductibles décide après avis d'un conseiller, d'envoyer dans le village d'Astérix un personnage malfaisant nommé Tullius Detritus - le bien nommé - ayant le don de semer la discorde partout où il passe. Cette action menée de pair avec une guerre psychologique à coup de gourdin est sur le point de réussir, mais la perfidie de Detritus se retournera contre lui grâce à la malice d'Astérix. Cet album présente l'avantage de dénoncer le poison de la calomnie qui peut s'insérer dans une société pour en briser son unité. Un album à décrypter éventuellement comme une fable politique.
Goscinny, Uderzo, La zizanie, éd Dargaud, 48 p., 9,95 €
La débâcle

Pour un motif futile, la dépêche d'Ems, Napoléon III déclara la guerre en juillet 1870 au royaume de Prusse pour éviter le risque de voir un prince allemand s'installer définitivement sur le trône d'Espagne. L'armée française mal préparée, commandée par des généraux et maréchaux incompétents et malgré des officiers supérieurs de qualité, prit une déculottée sévère en 1871 à Sedan, infligée par une coalition d'Etats allemands commandée par Bismarck. Cette défaite sonna le glas du Second Empire qui vit le jour par un coup d'Etat en 1851. Emile Zola s'empare de ce conflit pour en tirer le dix-neuvième roman de la saga des Rougon-Macquart, et en faire le contrepoint du deuxième intitulé La curée. Ce roman témoigne d'une fraternité d'armes entre Jean Macquart, un paysan solide mais peu instruit et Maurice un intellectuel épris de liberté et de justice sociale. Tous les deux participeront à cette marche mortelle et sans but autour de Sedan et dans Sedan, sous un déluge d'obus, combattront les Bavarois et réussiront à s'échapper de cet enfer que fut le Camp des Misères. C'est aussi l'occasion pour Zola de fustiger les paysans matois, les bourgeois frileux, les héros sans uniformes, la place des femmes dans ce conflit absurde et de conclure par cette douce utopie que fut la Commune de Paris réprimée sauvagement par Adolphe Thiers. Son roman oscille subtilement entre une grande tragédie qu'aurait pu écrire Sophocle et le reportage de guerre mettant dans une lumière crue les horreurs indicibles de la guerre. A ce propos, Maurice considère que la guerre c'est la vie qui ne peut pas être sans la mort.
Emile Zola, La débâcle, éd Kindle
Astérix en Hispanie

Durant l'Antiquité, les otages servaient de gage à l'accomplissement d'une convention. César décide d'appliquer cette règle en prenant pour otage le fils d'un chef hispanique qui résiste encore et toujours à l'envahisseur. Ce jeune otage est confié à la garde de la garnison Babaorum située près du village de nos irréductibles Gaulois. Comme d'habitude, ces albums peuvent être lus selon différents degrés, mais quelques calembours ou jeux de mots sont savoureux, comme celui où quand César affranchit de l'esclavage un barbare roux, un spectateur déclare : "il affranchit le rubicond". Calembour réservé aux férus d'Histoire. Les grands traits de la civilisation ibérique, sous le prisme des années 1969, sont bien sûr évoqués : la cuisine lourde, les prix peu élevés, les routes défoncées, la présence des gitans, la tauromachie, et à ce sujet un spectateur affirme au rebours d'aujourd'hui que c'est de la sensiblerie que de plaindre l'homme, car il a toutes ses chances.
Goscinny, Uderzo, Astérix en Hispanie, éd Dargaud, 48 p, 9,50 €
L'argent

Emile Zola brosse une peinture féroce et mathématique du grand capital inféodé à la Bourse. Saccard déjà rencontré dans La curée est un homme avide, dont le seul moteur, le seul désir de vivre est l'argent, même si toutefois ce personnage très contrasté est capable de charité. Il est une espèce de Cyrano de Bergerac de la Bourse, à la faconde puissante, à la parole facile, fascinant, iconique. Il est un marchand d'argent qui va faire surchauffer la machine par toutes sortes de malversations comptables et de combines illégales peu glorieuses. Son désir de toute-puissance le perdra après une dernière opération très risquée rappelant en creux le système de Law, ou plus proche de nous les crises de 1929 et 2008. Zola oppose deux visions du monde : celle de Sigismond, un marxiste convaincu qui prêche pour le partage universel et celle de Saccard qui prêche pour l'enrichissement boursier devant profiter à tous. Zola décrit également la fin des propriétaires terriens et de l'aristocratie attachée à des valeurs anciennes. Madame Caroline qui selon moi est la représentation imagée de Zola traverse le roman en reliant tous les protagonistes bons et mauvais par sa clairvoyance, sa bonté, sa sagesse, même si elle reconnaît que l'argent est le fumier dans lequel poussera l'humanité de demain et le ferment des travaux facilitant l'existence. Saccard en écho nous dit : "Toute l'industrie, tout le commerce finiront par n'être qu'un immense bazar unique où l'on s'approvisionnera de tout." Zola est prophétique et comprendra dès 1885 que l'antisémitisme de Saccard conduira aux horreurs que l'on sait.
Emile Zola, L'argent, éd Kindle
Aventures de Huckleberry Finn

A la fin des Aventures de Tom Sawyer, Huck est adopté par une riche veuve qui veut le siviliser, et malgré les 6000 dollars qu'il a perçus et sachant que son père alcoolique et violent est alléché par le magot, il prend la fuite avec Jim, l'esclave de la veuve. S'en suivent des aventures picaresques, rocambolesques, au cours desquelles il rencontrera des personnages haut en couleur le long du fleuve Mississippi. Ce roman rédigé à la première personne lui donne une force, une structure et un discours très solides. C'est l'occasion pour ce jeune vagabond lucide de découvrir le monde tel qu'il est. C'est aussi en quelque sorte une forme de compagnonnage dans l'Amérique de la moitié du XIXe siècle où les rêves des enfants côtoient la cruauté des adultes.
Mark Twain, Aventures de Huckleberry Finn, trad Bernard Hoepffner, éd Tristan, 436 p, 9,50 €
/image%2F0063426%2F201211%2Fob_4f0590_99a55b00dc6121697d4fc30fd6d08f56-normal-jpeg.jpg)