La laïcité perçue comme un enjeu de paix civile

Le Monde des livres publie une interview de Jean-François Colosimo, directeur des éditions du Cerf, qui rappelle une évidence : la laïcité n'a pas de jugement à apporter sur la qualité des croyances, dès lors qu'elles sont compatibles avec les règles de l'Etat, qui en contrepartie assure la neutralité, et en allant plus loin affirme la neutralité des agents de l'Etat ainsi que des élus, ce qu'il faudrait rappeler à certains édiles qui exposent des crèches dans les Maisons communes. Monsieur Colosimo, fils d'immigrés, est convaincu qu'être français, c'est la manière dont être français nous permet de sortir de nous-mêmes, ce qu'il considère comme un miracle. La laïcité est pour la France ce qu'elle a à dire au monde, ce qu'elle tient comme universel et ce qu'elle considère comme étant un des piliers du mieux-vivre ensemble, ce que les Espagnols évoquent quand ils parlent de conviviencia, terme difficilement traduisible en français. En conclusion, il affirme qu'il croit en la donation et non en la détestation.
Le Monde, Le Monde des livres, 20 décembre 2019
Jean-Christophe

Écrivain engagé et pacifiste, prix Nobel de la Paix en 1915, Romain Rolland déroule une fresque allemande qui met en avant la vie et l'oeuvre d'un enfant surdoué et musicien qui fera le dur apprentissage de la vie auprès d'un père musicien, mais brutal et alcoolique, d'une mère effacée et aimante et surtout d'un grand-père, figure tutélaire de la famille Krafft, compositeur et musicien de la principauté qui les a vus naître. Christophe, musicien génial, exigeant, avant-gardiste et donc incompris va vivre son enfance et son adolescence dans un pays qu'il aime peu, auprès d'une bourgeoisie conservatrice et médisante. Il connaîtra des passions amoureuses, des amitiés étranges, mais sera obligé de quitter l'Allemagne pour rejoindre la France à la suite d'une altercation avec des militaires. Cette vie romanesque mêlant poésie, symbolisme, lyrisme, matérialisme est surtout l'expression d'une pensée profonde sur la création artistique et elle n'est pas sans rappeler la vie de Mozart et de Beethoven. Les quatre premiers tomes sont intitulés L'aube, Le matin, L'adolescent, La révolte.
Romain Rolland, Jean-Christophe, éd Kindle.
La fille de Vercingétorix

Le dernier album d'Astérix écrit par Jean-Luc Ferri et Didier Conrad voit apparaître trois cavaliers dans le célèbre village des irréductibles Gaulois. Deux d'entre eux présentent à la communauté le dernier des trois qui n'est autre que la fille cachée du grand chef rebelle, mais recherchée par César. Le scénario n'est pas aussi fluide que les précédents, mais on peut très bien imaginer que cette fille n'est autre que la République de 1940, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que d'envoyer Adrénaline à Londinium pour reprendre la lutte contre les armées d'occupation de César. Dans cet album, on peut retrouver des thèmes d'aujourd'hui comme le développement durable, le mal-être des adolescents. Bien sûr on découvre des calembours chers à la saga, mais l'avatar du regretté Charles Aznavour est particulièrement attachant.
Goscinny-Uderzo, La fille de Vercingétorix, éd. Albert René, 48 p., 9,99 €
La cuve de Clovis

Le Monde des livres a rappelé une série de livres consacrée aux journées qui ont fait la France et notamment le baptême de Clovis habituellement situé le 25 décembre 496. Bruno Dumézil ouvre les hostilités en considérant que cette date est fantaisiste et préfère celle du 24 décembre 505, donc après son mariage et la naissance de ses deux enfants, mais surtout après sa victoire contre les Alamans. En effet aucun témoin de son temps n'a révélé cet événement, seuls des commentateurs lointains - Grégoire de Tours - dans le temps ou dans l'espace l'ont évoqué. Alors ce baptême a-t-il fait la France? La réponse est clairement négative, car l'idée même de la France ne pouvait exister au VIe siècle puisque des nations barbares et diverses occupaient le territoire. Autrement dit, le fier Sicambre n'est en rien un Français. Cette aporie scientifique a de nos jours suscité deux versions antagonistes : la France fille aînée de l'Eglise s'oppose à l'idée que la République ne doit rien à Clovis.
Le Monde, Le Monde des livres, 29 novembre 2019
Pour ne pas oublier qui nous devons être.

1/ La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. En premier lieu, parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.
5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisant, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»
6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage.
« La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures."
Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…
10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.
Pour ne pas les oublier...

Le 30 mai 1917
Léonie chérie
J'ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd'hui témoigner de l'horreur de cette guerre.
Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s'écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l'odeur est pestilentielle.
Tout manque : l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n'avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.
Nous partons au combat l'épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d'un casque en tôle d'acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d'un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d'un bras, d'une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.
Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j'avançais les sentiments n'existaient plus, la peur, l'amour, plus rien n'avait de sens. Il importait juste d'aller de l'avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d'accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l'épaule j'errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s'étendait à mes pieds. J'ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s'emparant de moi.
Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l'état major. Tous les combattants désespèrent de l'existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n'a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.
Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J'ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d'aider les combattants à retrouver le goût de l'obéissance, je ne crois pas qu'ils y parviendront.
Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d'une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l'histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l'aube, agenouillé devant le peloton d'exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t'infliger.
C'est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd'hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.
Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple est réhabilitée, mais je n'y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.
Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.
Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.
Eugène ton mari qui t'aime tant
Tolkien, le démiurge

La BNF consacre une exposition à l'auteur du Seigneur des anneaux et à son univers féerique et littéraire. Son monde créé à partir du prisme de la science apporte des éclairages sur la biologie, la science des métaux, les capacités physiques et physiologiques des elfes, la schizoïdie de Gollum, mais il est évident que nous devons laisser le monde imaginé par Tolkien sans y apporter notre rationalité, car Tolkien était un philologue émérite qui savait pertinemment jusqu'où aller dans sa construction littéraire. La journaliste scientifique Cécile Lebreton considère que son oeuvre est fantasmagorique sans être déraisonnable et c'est bien de sa cohérence et de sa logique qu'elle tire sa puissance évocatrice.
Le Monde, Le Monde des livres, 25 octobre 2019
Le malade imaginaire

Argan le malade imaginaire est l'archétype de l'hypocondriaque permettant à deux médecins de s'emparer de son corps, de sa fortune pour lui prodiguer des remèdes aussi risibles qu'inutiles. Dès la première scène nous voyons Argan seul faisant les comptes d'apothicaire de ses médecines, lavements et saignées avec force détails qui permettent de poser le sujet de la pièce. Il est sous l'emprise de la faculté de médecine et de deux de ses suppôts que sont Purgon et Diafoirus, dont on mesurera du reste l'effet comique de leurs patronymes. Mais Argan a pour idée de vouloir marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, médecin et fils de son médecin. On retrouve là chez Molière comme dans l'Avare, le droit des filles à vouloir épouser un garçon selon leur inclination : ( "le mariage est une chaîne où l'on ne doit jamais soumettre un cœur par force"), ici le tendre Cléante, car ce Thomas-là est un sot emprunté, féru de latinismes et on voit déjà chez Molière sa rationalité quand il fait dire au fils Diafoirus qu'il a écrit une thèse dénonçant la circulation sanguine. Thèse que Toinette voudra tapisser dans la chambre d'Angélique. Il est évoqué aussi la question de la transmission du patrimoine quand Argan veut déshériter sa fille au profit de sa seconde épouse Béline l'intrigante. Béline joue un jeu sournois, malicieux, hypocrite et sera trahie lors du jeu de dupes que lui a préparé Béralde, le sensé, le frère d'Argan qui devra feindre sa propre mort. Béline déversera son fiel en sa présence alors que Angélique pleurera et demandera à entrer dans les ordres, ce que Cléante acceptera pour l’amour qu'il a pour elle. Alors Argan acceptera le mariage de sa fille avec Cléante à condition d'être un gendre médecin, mais tous lui conseillent d'être lui-même médecin, car Béralde lui affirme qu'en recevant la robe et le bonnet de médecin, il apprendra toutes les maladies et les remèdes.
Que veut nous dire Molière dans cette pièce?
L'hypocondrie d'Argan qui "marche, dort, mange et boit comme tous les autres, mais cela ne l'empêche pas qu'il soit fort malade " (Toinette la servante) est un prétexte pour fustiger les ignorants qui se cachent derrière un latinisme de cuisine équivalent peu ou prou à notre jargon technocratique et qui se targuent de tout régler alors même qu'ils ne savent que constater et classer les causes: ( Béralde : "Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands médecins. Entendez-les parler, les plus habiles gens du monde; voyez-les faire, les plus ignorants de tous les hommes") . Molière porte une charge sévère contre les parents autoritaires et égoïstes qui méconnaissent les désirs profonds de leurs enfants, il persifle les faiblesses humaines dans cette peur universelle de la mort et dans cette crainte de ne pas goûter aux plaisirs de la vie. Ce n'est ni plus ni moins que la comédie de la maladie et de la mort, la comédie de la désillusion médicale de son temps.
Molière, Le malade imaginaire, 1673
Le bourgeois gentilhomme

Cette comédie-ballet écrite par Molière n'est rien d'autre que la critique acerbe des parvenus de son temps qui achetaient des charges ou des titres de noblesse à des familles ruinées mais aussi la mise en perspective du ridicule de cet homme qui veut se parer de titres ou de vertus qu'il ne possède pas. Monsieur Jourdain est d'une inculture crasse, pitoyable, pathétique mais sa force comique réside dans sa naïveté la plus cocasse et la plus désopilante. Toute sa maisonnée le considère fou à vouloir jouer du gentilhomme et à se faire berner par Dorante, un nobliau sans le sou et flagorneur. Jourdain sera mystifié finalement par Covielle, l'instigateur de la duperie, Cléonte l'amant de sa fille, sa fille Lucile et sa femme nantie de bon sens paysan. Je retiens particulièrement le personnage de Nicole, la servante de la maisonnée, drôle, incisive, piquante amoureuse de Covielle, valet de Cléonte, un frère de théâtre de Scapin qui mettra en scène la mamamouchisation de monsieur Jourdain, qui en toute fin de pièce donne Nicole en mariage à Covielle, le truchement turc et sa femme à qui la voudra. La Harpe a écrit au sujet de cette farce:" Il n'y a pas un comique plus vrai ni plus gai que le personnage de monsieur Jourdain. Tout ce qui est autour de lui le fait ressortir, tout sert à mettre en jeu sa sottise."
Molière, Le bourgeois gentilhomme, 1670.
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