La part du héros

Andrea Marcolongo nous entraîne dans l'épopée de Jason et des Argonautes, sur le premier bateau construit par les Grecs, l'Argo. Que veut-elle nous dire? Que prendre la mer permet de se projeter dans le futur pour qu'enfant nous devenions des adultes capables d'aimer, de ne pas se retourner, de mettre de côté la nostalgie destructrice (celle qui nous fait fermer les yeux), celle qui empêche de reconstruire pour mieux se reconstruire. Elle nous dit de ne pas garder par devers soi les navires qui obstrueraient toute action, mais au contraire de les brûler comme le fit Alexandre le Grand lorsqu'il affronta les Perses à la bataille d'Issos.
"J'ai tant navigué et je suis à présent de retour pour construire ma joie"
Andrea Marcolongo, La part du héros, éd. Les belles lettres, 266 p., 19 €
Silence

Le bruit, la fureur sont les nouvelles formes de pensée, les nouvelles techniques de communication dans un monde en proie à la folie douce, si bien que certains de nos contemporains se retirent pendant quelque temps dans des monastères pour mieux écouter ce silence qui permet de mieux se taire pour mieux écouter, car dans certaines règles monastiques le silence est une grande cérémonie. Le silence est honni, banni de toutes nos activités ; dans les restaurants, dans les gares, dans les salles d'attente. Le silence qui est aussi une prise de distance avec le monde permet la méditation, une conversation avec soi-même, le retour sur soi, le nettoyage de nos pensées les plus délétères. De nombreuses sociétés initiatiques imposent le silence aux impétrants pour évacuer le vacarme intérieur : à la cour de Byzance par exemple, un officier était chargé de faire respecter le silence en présence de l'empereur.
'La parole doit reposer sur un fond de silence comme un iceberg sur les eaux.'
L'été des quatre rois

1830. Les Trois Glorieuses. Charles X voit sa couronne ramassée par son cousin Louis-Philippe, le fils de Philippe-Egalité, à la suite d'émeutes sanglantes qu'il n'avait pas su voir venir, tant sa politique fut rétrograde après la publication des ordonnances de Saint-Cloud, et en matière de liberté de la presse notamment. Camille Pascal nous raconte par le menu l'abdication et le départ pour l'exil de Charles, comte d'Artois, petit-fils de Louis XV, avec sa famille sur les routes le conduisant à Cherbourg pour un embarquement vers l'Angleterre. Ce périple dans des berlines lourdes, accompagnées par les troupes du maréchal Marmont, vaut surtout pour la précision et le luxe de détails que l'auteur nous offre. L'auteur a titré son livre les quatre rois, car en quelques jours, la France voit un roi qui abdique, son fils Louis-Antoine qui renonce par obéissance ou par faiblesse, mais Charles X demande à Louis-Philippe en tant que lieutenant-général du royaume, de conserver la couronne pour son petit-fils le duc de Bordeaux sous le nom de Henri V. C'est aussi l'occasion de croiser Talleyrand, Chateaubriand, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Thiers, mais aussi des villes ouvertement royalistes comme Valognes, des villes ouvertement républicaines comme Dieppe. Camille Pascal clôt son ouvrage par un autre exil raconté par Victor Hugo. La querelle des légitimistes et des orléanistes a déjà commencé.
Illustrations des principaux protagonistes.


Charles X, Louis-Philippe, roi des Français

Louis-Antoine, fils de Charles X

La duchesse de Berry, épouse de Louis-Antoine
Camille Pascal, L'été des quatre rois, éd. Plon, 661 p., 22,90 €
Une mer jalousée

Au moment où des migrants traversent la Méditerranée pour rejoindre l'Europe et dans la continuité des essais sur la Méditerranée de Fernand Braudel, l'auteur, Guillaume Calafat se penche sur la difficile délimitation des frontières dans l'espace liquide que constitue la mare nostrum. En clair, il s'agit de convertir la souveraineté sur un territoire terrestre vers un espace maritime, en terme aussi d'appropriation des ressources, du droit de circulation, de fiscalité et de protection contre la piraterie. Au XVIIe siècle, l'auteur rappelle que les montages juridiques du droit des gens, du droit du commerce étaient soumis au bricolage et à une mer de papiers et de procédures. Ici, rien de naturel, mais des constructions savantes et complexes qui rappellent l'histoire de la souveraineté relatives aux principes de propriété et d'occupation des territoires.
Guillaume Calafat, Une mer jalousée, éd. Le Seuil, 456 p., 25 €
Le cerveau qui dit oui

Le Monde Science et Médecine a publié un article le 5 juin sur un livre qui vient de paraître intitulé Le cerveau du oui, accessible principalement aux parents en quête de compréhension des réactions de leurs enfants. Le cerveau du oui correspond à quatre compétences qu'il est important de développer : l'équilibre des émotions, la résilience, l'introspection et l'empathie. Il va sans dire que ce cerveau est opposé à celui du non qui mobilise des zones primitives révélant l'impulsivité, l'agressivité, la fuite. Dans ces cas-là, le rôle des parents est fondamental pour que demain leurs enfants deviennent des adultes épanouis pour affronter les défis de la vie.
Le Monde, Science et Médecine, le 5 juin 2019.
Naissance de la Grèce

Un beau livre qui retrace la naissance de cette civilisation depuis les palais de Minos jusqu'à l'époque mycénienne. Les âges du bronze, du fer sont évoqués sans rupture brutale. On y découvre la multiplication des palais coexistant avec de nombreux villages agricoles et de puissantes communautés rurales, permettant l'éclosion d'une caste de possédants qui sert d’intermédiaires avec le pouvoir central. Les poleis émergèrent de sociétés agricoles développant de nouvelles formes de rapport aux dieux et au pouvoir tout en entretenant des relations commerciales avec l'Orient. Et les auteurs notent que la circulation des biens, des personnes, de l'écriture existait, certes moins rapide que de nos jours, mais suffisante pour que les métissages s'opèrent. Il est à noter également que certaines cités se sont irrémédiablement fermées, par exemple Sparte, alors que d'autres ont réellement créé des diasporas sur toute la Méditerranée. Athènes a ainsi pensé être le digne successeur de Minos, le premier Grec à avoir imposé sa puissance sur la mer, car ils diffusèrent eux aussi leur pouvoir sur la Méditerranée.
Maria Cecilia d'Ercole, Julien Zurbach, Naissance de la Grèce, 688 p., 49 €
Antigone

Antigone de Sophocle est une pièce complexe, très riche qui font apparaître trois concepts de la morale permettant de déboucher sur trois options : la tragédie morale du côté d'Antigone, la tragédie politique du côté de Créon et la tragédie personnelle du côté d'Hémon, fils de Créon et éperdument amoureux d'Antigone. Mais deux forces vont s'opposer frontalement, celle d'Antigone coupable de vouloir donner une sépulture décente à son frère Polynice et celle de Créon qui n'est rien d'autre que la raison d'Etat. Afin de mettre en relief le choc entre Créon et Antigone, le personnage du Gardien de la sépulture de Polynice prend une épaisseur particulière en permettant d’apporter un éclairage sur le drame qui se prépare et sur la nature des êtres en présence.
Créon, c'est la raison d'Etat, même s'il est imbu de sa personne, Créon applique la loi qui met en garde les traîtres et les mutins. Créon ne comprend pas Antigone, il est buté, autoritaire et implacable dans ses décisions. La rage et le dépit guident cet homme pour qui Antigone est une énigme, une atteinte au fonctionnement imperturbable des institutions étatiques. Elle est inflexible, car pour elle seule l'autorité des dieux doit surpasser celle des hommes, quand bien même ils sont rois et détenteurs de l'autorité, mais sa filiation monstrueuse, le suicide de sa mère, la mutilation de son père ont ravagé la conscience de cette fille pure, heureuse et de descendance princière. Elle se révolte dans un esprit de liberté ; tout en ayant conscience qu'elle paiera pour Œdipe, elle possède une spiritualité authentique proche des dieux, et croit en une justice divine irrévocable qui s'impose aux hommes. Puis entre Tirésias, le devin aveugle qui rappelle à Créon les immuables lois divines, mais il sera trop tard pour Créon, car il sera cerné de sang : Hémon meurt, Eurydice meurt, Antigone se pend, ce qui fera trois suicides pour lesquels il est trois fois assassin. Après ce drame et le déchaînement de la Némésis, les dieux sont satisfaits, permettant à l'ordre de retrouver sa place après le chaos laissé par les hommes.
21 août 1849

A quelques jours des élections européennes, Le Monde a cru bon de publier le discours de Victor Hugo prononcé le 21 août 1849 au Congrès des amis de la paix universelle. Ce discours est saisissant de clairvoyance, de force, de concision et de lyrisme. Des Trois Glorieuses, des printemps des peuples de 1848, des révolutions, l'Europe est traversée par une montée des nationalismes sur un continent morcelé par les guerres napoléoniennes et le congrès de Vienne. Que nous dit Hugo? Il nous dit simplement qu'il est temps pour la paix universelle de régner sur le continent avec comme arbitre la médiation et non la guerre. Il poursuit avec une vision prophétique de ce que sera le développement économique de l'Europe et surtout il fustige les sommes colossales allouées à la guerre et non pour les redistribuer à la paix, car pour lui ce qui s’évanouit avec la misère, ce sont les révolutions. Il est clair pour lui, que seul l'effort de tous vers le bien-être commun conduit inévitablement à la concorde universelle. Sa clairvoyance est si nette qu'il a déjà compris ce point noir ; on a vu les guerres qui ne venaient pas et l'on a vu les révolutions qui arrivaient. Son but est d'éteindre la misère au-dedans et éteindre les guerres au-dehors. Il dit en conclusion à tous les peuples de notre continent : "Vous êtes frères!"
Le Monde, Idées, article du 19 mai 2019
Le papyrus de César

Du mieux par rapport à ma précédente intervention. Le scénario est mieux ficelé, les dessins sont riches et profonds. On découvre dans cet album la guerre des médias, la censure, les commentaires et droits de réponse, la tradition orale opposée à la tradition écrite et surtout la main mise de l'information confisquée par un Etat policier.
Ferri, Conrad, Le papyrus de César, éd. Albert-René, 48 p., 9,95 €
Astérix chez les Pictes

Même si la réalisation graphique de cet opus est excellente, il n'est pas facile de remplacer Goscinny, car le scénario est brouillon et les calembours un peu attendus, voire assez pauvres. On sent que la nouvelle équipe se cherche et que très certainement les prochaines publications iront en s'améliorant.
Ferri, Conrad, Astérix chez les Pictes, éd. Albert René, 48 p., 9,95 €
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