Astérix en Hispanie

Durant l'Antiquité, les otages servaient de gage à l'accomplissement d'une convention. César décide d'appliquer cette règle en prenant pour otage le fils d'un chef hispanique qui résiste encore et toujours à l'envahisseur. Ce jeune otage est confié à la garde de la garnison Babaorum située près du village de nos irréductibles Gaulois. Comme d'habitude, ces albums peuvent être lus selon différents degrés, mais quelques calembours ou jeux de mots sont savoureux, comme celui où quand César affranchit de l'esclavage un barbare roux, un spectateur déclare : "il affranchit le rubicond". Calembour réservé aux férus d'Histoire. Les grands traits de la civilisation ibérique, sous le prisme des années 1969, sont bien sûr évoqués : la cuisine lourde, les prix peu élevés, les routes défoncées, la présence des gitans, la tauromachie, et à ce sujet un spectateur affirme au rebours d'aujourd'hui que c'est de la sensiblerie que de plaindre l'homme, car il a toutes ses chances.
Goscinny, Uderzo, Astérix en Hispanie, éd Dargaud, 48 p, 9,50 €
L'argent

Emile Zola brosse une peinture féroce et mathématique du grand capital inféodé à la Bourse. Saccard déjà rencontré dans La curée est un homme avide, dont le seul moteur, le seul désir de vivre est l'argent, même si toutefois ce personnage très contrasté est capable de charité. Il est une espèce de Cyrano de Bergerac de la Bourse, à la faconde puissante, à la parole facile, fascinant, iconique. Il est un marchand d'argent qui va faire surchauffer la machine par toutes sortes de malversations comptables et de combines illégales peu glorieuses. Son désir de toute-puissance le perdra après une dernière opération très risquée rappelant en creux le système de Law, ou plus proche de nous les crises de 1929 et 2008. Zola oppose deux visions du monde : celle de Sigismond, un marxiste convaincu qui prêche pour le partage universel et celle de Saccard qui prêche pour l'enrichissement boursier devant profiter à tous. Zola décrit également la fin des propriétaires terriens et de l'aristocratie attachée à des valeurs anciennes. Madame Caroline qui selon moi est la représentation imagée de Zola traverse le roman en reliant tous les protagonistes bons et mauvais par sa clairvoyance, sa bonté, sa sagesse, même si elle reconnaît que l'argent est le fumier dans lequel poussera l'humanité de demain et le ferment des travaux facilitant l'existence. Saccard en écho nous dit : "Toute l'industrie, tout le commerce finiront par n'être qu'un immense bazar unique où l'on s'approvisionnera de tout." Zola est prophétique et comprendra dès 1885 que l'antisémitisme de Saccard conduira aux horreurs que l'on sait.
Emile Zola, L'argent, éd Kindle
Aventures de Huckleberry Finn

A la fin des Aventures de Tom Sawyer, Huck est adopté par une riche veuve qui veut le siviliser, et malgré les 6000 dollars qu'il a perçus et sachant que son père alcoolique et violent est alléché par le magot, il prend la fuite avec Jim, l'esclave de la veuve. S'en suivent des aventures picaresques, rocambolesques, au cours desquelles il rencontrera des personnages haut en couleur le long du fleuve Mississippi. Ce roman rédigé à la première personne lui donne une force, une structure et un discours très solides. C'est l'occasion pour ce jeune vagabond lucide de découvrir le monde tel qu'il est. C'est aussi en quelque sorte une forme de compagnonnage dans l'Amérique de la moitié du XIXe siècle où les rêves des enfants côtoient la cruauté des adultes.
Mark Twain, Aventures de Huckleberry Finn, trad Bernard Hoepffner, éd Tristan, 436 p, 9,50 €
La vespasienne

Dans le Paris occupé, une vespasienne devient le lieu de rencontres ou de croisée de chemins de gestapistes, d'officiers allemands, de résistants, de soupeurs, d'invertis. Paul-Jean Lafarge, directeur d'une revue littéraire, féru de poésie, lui-même soupeur, mais aussi peu enclin à l'action, veule, et sans opinion politique, sinon celle du plus fort, observe de sa fenêtre ce ballet étrange et décide de se rendre dans cet édicule où il découvre un revolver et deux chargeurs. Pris dans un engrenage qu'il ne contrôle pas, manipulé par son entourage, il sera emporté contre son gré dans les tourments de son époque.
Sébastien Rutès, La vespasienne, éd Albin Michel, 216 p, 17 €
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