Référendum : oui ou non ?
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A une question posée, le votant répond par oui ou non. Prise de risque de la démocratie directe, le professeur de Droit constitutionnel Dominique Rousseau, évoque dans le Midi Libre du 25 mai cette espèce de mode de se décharger de problèmes cruciaux de société pour les soumettre à l'opinion publique, avec tous les risques inhérents à une telle démarche. Vérité droite, émanation de la démocratie, mais vérité tordue. Vingt-deux référendums ont été soumis au peuple depuis 1793, avec on le sait des dérives prises en charge par les populistes qui proposent de ce fait une acclamation et non une délibération. Monsieur Rousseau considère que la valeur démocratique est acquise à trois conditions :
- l'initiative devrait reposer sur une pétition, avec des modalités précises à définir
- le référendum ne devrait pas poser sur une question, mais sur une proposition de loi clairement définie
- un conseil de citoyens, réunis en amont, et tirés au sort, organiserait tous les débats avant le vote et après
En conclusion, ce n'est pas la décision qui importe le plus, mais ce qui précède, c'est-à-dire la délibération, véritable pierre angulaire de toute société démocratique.
Dominique Rousseau, La mode référendaire, Midi Libre, 25 mai 2025
Pink Floyd, Animals
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J'ai écouté la version REMIX de 2018 de ce célébrissime album de Floyd. En tant que batteur, je note que la caisse claire est moins présente, comme asséchée, les drums basses et la GC manquent de profondeur. Le contenu de la musique est aseptisée. Bref, un rendu trop proche des sons dans l'air du temps, qui rend l'oeuvre moins dense, presque moins humaine.
CD, Animals Remix, 2018
Animals
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Dans la collection Le mot et le reste, Philippe Gonin, guitariste, analyste musical, décrit avec soin la genèse de l'album Animals créé par le célébrissime groupe de rock progressif Pink Floyd. Comment quatre garçons, Waters, le rebelle taiseux, Gilmour le dandy guitariste, Whright le claviériste éthéré, et Mason, le batteur fin et méticuleux ont-ils réussi à créer une telle entité : le Pink Floyd.
1-L'auteur insiste sur la période de création de Animals tout en révélant les dissensions entre les membres du groupe, mais aussi en indiquant les structures des morceaux, souvent de forme sonate, les progressions harmoniques, les doutes en matière musicale, la distribution des rôles. En fin analyste, Philippe Gonin reconnaît que les difficultés étaient à l'aune des enjeux : comment se renouveler et ne pas devenir un groupe musical que l'on écoute par habitude, rite ou sympathie?
2-Ce qui est à noter est la débauche de moyens techniques qui ont permis un tel exploit : achat d'un studio, achat de matériels d'avant-garde, scénographies complexes lors des concerts, sept semi-remorques bourrées d'équipements divers.
3-Pour l'auteur, il y a eu très certainement un avant et un après. Pour Waters, Dogs, Pigs, Sheeps classent de manière indélébile l'Humanité en trois groupes.
Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage en écoutant l'album.
Philippe Gonin, Pink Floyd Animals, éd. Le mot et le reste, 147 p, 17 €
Toulouse. Les moulins du Bazacle
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Un article paru dans Le Monde au mois de septembre 2024 apporte un éclairage très intéressant sur les sociétés commerciales, et en particulier les sociétés par actions. L'entreprise moderne est née à Toulouse en 1372.
La société par actions autorise le financement de projets grâce à la réunion de capitaux au-delà d'une personne ou d'une famille. Historiquement, à Gênes, des sociétés parapubliques gèrent la collecte de taxes, administrent la dette publique. Bien sûr la Hollande et surtout l'Angleterre apparaissent comme étant les lieux de création des sociétés par actions.
Cependant une thèse de droit public soutenue en 1952 par Germain Sicard apporte une pierre à l'édifice en mentionnant que des sociétés par action modernes géraient les moulins à blé à Toulouse. Héritier du droit romain, le Midi ne connaît pas le droit d'aînesse, aboutissant ainsi à la création des pariages qui permet la propriété collective d'un bien, ce qui assure l'égalité entre les héritiers. Ce système sera exporté dans d'autres contextes, par exemple l'Andorre co-administré aujourd'hui par la France et l'Espagne.
Dès le XIIe siècle, des pariages gèreront des moulins sur la Garonne. Les proprétaires ou pariers possèdent des parts ou uchaux dans trois moulins installés à Toulouse. La modernité de cette institution tient en deux choses ; les parts sont librement cessibles et la responsabilité des pariers ne peut être engagée au-delà de l'apport initial. Chaque année, un conseil général procède à l'élection d'un trésorier, de deux auditeurs des comptes et d'un conseil d'administration appelé régence composé de huit pariers élus qui choisissent le dirigeant, les employés secondaires et contresignent les contrats.
Pourquoi ce système n'a-t-il pas survécu ? La fiscalité ? Le cens, sorte de taxe foncière, à prix fixe, n'a pas résisté à l'inflation, ce qui a rendu dérisoire le système. Les lods, une espèce de droit de mutation, établis en pourcentage deviennent plus rentables pour le seigneur, mais freinent inévitablement les transactions. C'est donc chez nous, dans le Sud, que l'Europe a créé des institutions capables d'entraîner le développement économique, et par conséquent agir comme des moteurs de croissance économique.
Et les moulins du Bazacle ? Ils se transformeront en société standard, puis seront producteurs d'électricité en 1888, puis seront introduits en Bourse en 1910, cotés jusqu'en 1946, jusqu'à la nationalisation des sociétés d'électricité pour créer EDF.
Le Monde, 20 septembre 2024
Lettre d'une inconnue
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Un texte admirable célébrant un amour infini, passionné, celui d'une femme éperdument amoureuse d'un homme depuis l'enfance, sans rien attendre de lui en retour, mais sa lettre poignante, déchirante qu'elle lui adresse vous brise le coeur en mille morceaux. Voilà comment Stefan Zweig a su décrire le sentiment amoureux avec justesse, précision et fougue. Texte court, mais limpide, puissant qui ne laisse pas indifférent et qui en dit plus sur la passion destructrice que toutes les théories psychiatriques ou psychanalytiques.
Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue, éd. Folio classique, 79 p., 2 €.
L'être historique européen
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Dominique Rousseau, professeur de Droit constitutionnel à Montpellier nous rappelle dans un article paru dans le Midi Libre que l'être européen existe, mais que malheureusement il ne le sait pas, tant notre continent a subi depuis des siècles des déchirures, des fractures, des guerres incessantes. Pourtant, nous faisons société, car nous trouvons chez un autre Européen des principes, des valeurs qui nous unissent. Pour Monsieur Rousseau, à lire les 27 Constitutions des Etats membres, nous constatons des particularismes liés à l'histoire de chaque Nation, mais aussi l'énoncé commun de droits, de libertés, d'égalités. Nous devons donc nous rassembler autour de ces valeurs dont la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en est un brillant exemple. Il existe donc une convergence, un mode de vie européen différent de celui des Américains ou des Russes qu'il faut défendre ardemment par une stratégie propre et autonome de Défense.
Dominique Rousseau, Midi Libre, 9 mars 2025.
La raison ou les dieux
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La philosophie se trouve de plus en plus mobilisée devant l'invasion agressive du religieux, et à cet égard, Pierre Bouretz rebat les cartes. Les néoplatoniciens fréquentaient le temple d'Isis et un tenant de Platon se levait la nuit pour chanter à la Lune. Cet ouvrage tente de découpler la philosophie de l'athéisme et démontre que la raison s'est accommodée de la théologie païenne.
Pour l'auteur, la théurgie regroupe la rationalité la plus exigeante et les pratiques insolites. La théurgie est "un répertoire d'actions visant à exercer une contrainte sur les dieux par la manipulation de leur nom, par des rituels ou des gestes que nous assimilons, nous, à de la magie."
En son temps, deux penseurs de l'école platonicienne s'affrontaient sur la manière de s'entretenir avec les dieux : ou les dieux sont invisibles ou bien il existe une communauté entre les dieux et les hommes, ce qui validerait la notion de culte sacré. Le cosmopolitisme a ainsi permis d'intégrer à terme les sagesses barbares. Pierre Bouretz tente de déconstruire deux préjugés : le platonisme tardif n'est pas un affaiblissement de la philosophie grecque, et saint Augustin n'est pas le seul à porter en lui les derniers éléments de la culture grecque, car l'école d'Athènes fut fermée en 529 par Justinien. Pour l'auteur, si la pensée grecque s'est étiolée, c'est bien à cause de contingences extérieures. Il est nécessaire, voire urgent de réconcilier la philosophie et la théologie, mais sans les confondre.
Pierre Bouretz, La raison ou les dieux, éd. Gallimard NRF Essais, 30 €
Don Giovanni
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A l'occasion d'une émission de J.-F. Zyegel sur les ouvertures d'opéras célèbres de Mozart, j'ai réécouté l'opéra en totalité. Huit personnages principaux composent le livret : cinq hommes et trois femmes. Que constate-t-on ? Don Giovanni est un intigrant calculateur, un pervers narcissique. Leporello, son valet, un complice veule et sans envergure. Masetto, le paysan, futur époux de Zerlina est naïf et balourd. Don Ottavio est un amoureux transi, aveuglé par sa tendresse envers Donna Anna. Le seul homme, digne d'intérêt est le Commandeur, mais il vit aux enfers. En revanche, les héroïnes ont plus d'épaisseur. Donna Anna, la fille du Commandeur est farouche et sans pitié pour Don Giovanni. Donna Elvira, l'épouse délaissée de Don Giovanni pleure un amour déçu, mais ne se fait aucune illusion sur son mari. Zerlina, la jeune paysanne à qui Don Giovanni promet le mariage, n'est pas dupe de ses intentions et a en elle une finesse toute féminine. Mettre en avant les femmes est une particularité toute mozartienne. Un féministe avant l'heure ?
Mozart, Don Giovanni, opéra en deux actes, première le 29 octobre 1787, Vienne.
L'échiquier
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Jean-Philippe Toussaint, fils d'un grand journaliste belge et d'une mère lituanienne, d'origine noble polonaise a décidé, pendant le confinement d'écrire une autobiographie tout en retenue, divisée en 64 chapitres comme le nombre de cases du jeu d'échecs dont il est un joueur de très bon niveau. Son père, contre lequel il jouait décida un beau jour de ne plus affronter son fils, car symboliquement il voulait s'en détacher, mais plus prosaïquemet il sentait en son fils un grand spécialiste. Il lui dit:" J'aimerais que mon fils devienne écricain." Ce qu'il fit, puisqu'un mois plus tard il commença à rédiger ses premiers feuillets. Il prit donc sa permission. Que nous dit-il dans cet ouvrage? Il considère la vie comme une immense partie d'échecs, avec sa fin inéluctale : le mat du Roi. Il nous conte avec finesse ses relations avec ses parents, sa rencontre avec sa femme Madeleine, avec Kortchnoï, Youssoupov, GMI des échecs, et surtout son amitié indéfectible avec Gilles Andruet, MI, champion de France des échecs, jusqu'à sa mort brutale, assassiné crapuleusement près de Paris.
Jean-Philippe Toussaint, L'échiquier, éd. Les éditions de minuit, 230 p., 9,90 €
La France en danger
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Quelles furent les conséquences du désastre de Pavie ? Louise de Savoie, la mère de François Ier reçoit la nouvelle du désastre quatre jours après. La cour a peur, l'élite des armées est décimée, le roi est prisonnier. La France est encerclée par les Anglais, les Espagnols, les Allemands, mais comme souvent en cas d'alliance, les alliés ne s'entendent pas : Charles Quint se méfie d'Henri VIII. Les armées victorieuses ne sont pas payées, le Turc menace l'Europe orientale. Alors Charles Quint réclame tout simplement la Bourgogne, François Ier refuse, mais Louise de Savoie, une femme de tête, agit efficacement, signe une paix séparée avec Henri VIII, consolide les frontières, lève de nouveaux impôts, se rapproche de Venise mais aussi de l'empire ottoman. Elle et son gouvernement jouent avec le temps et attendent que la France aille mieux, ce qui est le cas. Seul écueil : François Ier est détenu en Espagne. Pourtant il cède et accorde la Bourgogne à Charles Quint. François rentre en France et déchire cet accord au grand dam de Charles Quint. Alors que reste-t-il de ce désastre ? Une haute noblesse française décimée, un roi parjure et une nouvelle diplomatie qu'on pourrait qualifier de Realpolitik. Enfin les rêves d'héroïsme chevaleresques ne sont plus qu'un lointain souvenir.
Le désastre de Pavie. 1525.
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