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Antigone

4 Juin 2025 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

1 - L'héritage.

Sophocle nous rappelle le lourd héritage de Thèbes. Oedipe débarrasse Thèbes de l'horrible monstre mangeur d'hommes, épouse Jocaste, veuve de son mari et apprend que la reine est sa mère. Il se crève les yeux, Jocaste se suicide et leurs deux enfants, Etéocle et Polynice se disputant l'héritage en viennent à guerroyer et à s'entretuer dans un combat singulier.

2- Le châtiment

Pendant la nuit, les troupes de Polynice se retirent, le nouveau roi de Thèbes et beau-frère d'Oedipe, Créon, prend le pouvoir et interdit de donner une sépulture digne à Polynice qui n'a pas défendu la Cité. Ainsi, selon les rites et croyances du temps, l'âme de Polynice est condamnée à errer éternellement.

3- Les pleurs éternels des Thébains

Antigone, la soeur des deux frères, refusera d'obéir à Créon, sera enfermée vivante, se pendra. Son fiancé, Hémon, fils de Créon, se suicidera à son tour après la mort d'Antigone. La mère de Hémon, Eurydice, en fera de même.

4- La rebelle

Antigone, la douce au visage pur, est une rebelle. Créon inspirera de la pitié aux spectateurs de l'époque athénienne du Ve siècle avant J.-C.

5- La raison d'Etat

Créon est la personnification, le symbole de la raison d'Etat, dévoué corps et âme à sa patrie, mais qu'il considère comme son bien propre, sa propriété en ne faisant aucune exception à ses décrets. Antigone doit plier, car il le veut ainsi. L'intérêt général et l'intérêt particulier se mélangent selon son bon vouloir.

6- Les révoltes d'Antigone

Elle se dresse contre la raison d'Etat, en y opposant les droits de la conscience individuelle, son humanité, son amour pour son frère. Elle est faite pour aimer et non pour haïr. Elle affirme sa condition de femme non soumise dans une société patriarcale, où les femmes ne sont que des mères au foyer, des procréatrices et n'ayant aucun droit sur les affaires de la Cité. 

En conclusion, les hommes se libèrent de leur Destin, ces personnages ont tous choisi pour des raisons diverses leur voie et font fi de la mort.

Sophocle, Antigone.

 

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Par le bout du nez

30 Mars 2022 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

A l'occasion de la visite de l'exposition Morozov, nous avons profité de la soirée pour assister à cette pièce de théâtre jouée par Berléand et Duléry. Cette adaptation d'un texte espagnol est parfois savoureuse, parfois révèle des effets comiques poussifs. Néanmoins on s'amuse beaucoup, car Berléand est très crédible dans son rôle de psy devant régler l'urgence médicale du président de la République nouvellement élu, embarrassé par un tic nasal dès qu'il s'agit de prononcer son discours d'investiture : ou comment concilier la puissance silencieuse de la psychiatrie et les moments de faiblesse liés au pouvoir.

Delaporte, de la Patellière, Par le bout du nez, Le Théâtre libre, Paris Xe

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Dom Juan

22 Juin 2020 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Etant un fan inconditionnel de l'opéra Don Giovanni de Mozart, il m'est apparu intéressant de relire le Dom Juan de Molière pour établir un petit comparatif. Chez Molière, Dom Juan est avant tout un impie, un hypocrite, intéressé seulement par la quête de l'instant, qui n'a que faire du passé,un ingrat qui rejette Pierrot son sauveteur d'origine paysanne tout en promettant le mariage à sa fiancée, un lâche qui séduit Elvire et rejette tout projet de mariage en invoquant des arguments de casuistique, un simulateur qui ment effrontément à son père. Chez Mozart, Don Giovanni est plus sombre, plus ténébreux, peut-être un peu plus idéaliste ou libertaire qui veut faire de sa vie un chef-d'oeuvre. Dom Juan veut détourner un Pauvre de la piété, il convoque la Statue du Commandeur, combattant par là-même le Sacré. En revanche les valets proposés par Molière et Mozart ont quelques points de différence, car si Leporello chez Mozart est un poltron qui a du mal à contredire son maître, Sganarelle, qui est la face cachée de Dom Juan devient en quelque sorte son confident et son contradicteur. On le sait, Don Giovanni ou Dom Juan subiront les foudres du Ciel, car tous deux nient tous leurs engagements, rejettent la famille, les avertissements des hommes et des femmes, mais aussi ceux venus du Ciel. Que ce soit Dom Juan ou Don Giovanni, personnages aux mœurs dissolues, ils seront précipités dans les flammes de l'Enfer.

Molière, Dom Juan, éd. Larousse.

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Le dépit amoureux

20 Mars 2020 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Cette pièce de Molière fut représentée pour la première fois à Béziers en 1656 sur le parvis de la mairie à deux pas de la cathédrale Saint-Nazaire. Au-delà de la comédie d'intrigue à l'italienne, on perçoit chez Molière le futur canevas des succès à venir, Le bourgeois gentilhomme, Les précieuses ridicules, notamment  la scène mettant en jeu Métaphraste, un pédant latinisé et Albert, le père de Lucile, un cousin pas si lointain que cela du Bourgeois. On sait que Molière est attiré comme un aimant par les caractères et les mœurs de la société. Il s'est inspiré certes d'une pièce italienne mais en lui donnant de la chair, une vivacité d'écriture et en produisant une peinture en relief des relations sociales de son temps : le jeu des domestiques et leur place, le rôle du père, le cœur des jeunes filles et la raison parfois bornée du pater familias tempérée par une certaine bonhomie, bref tout ce qui fait de Molière un génie du classicisme français. Voltaire admirait particulièrement la scène de la brouille et du raccordement.

Molière, Le dépit amoureux.

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Le malade imaginaire

22 Octobre 2019 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Argan le malade imaginaire est l'archétype de l'hypocondriaque permettant à deux médecins de s'emparer de son corps, de sa fortune pour lui prodiguer des remèdes aussi risibles qu'inutiles. Dès la première scène nous voyons Argan seul faisant les comptes d'apothicaire de ses médecines, lavements et saignées avec force détails qui permettent de poser le sujet de la pièce. Il est sous l'emprise de la faculté de médecine et de deux de ses suppôts que sont Purgon et Diafoirus, dont on mesurera du reste l'effet comique de leurs patronymes. Mais Argan a pour idée de vouloir marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, médecin et fils de son médecin. On retrouve là chez Molière comme dans l'Avare, le droit des filles à vouloir épouser un garçon selon leur inclination : ( "le mariage est une chaîne où l'on ne doit jamais soumettre un cœur par force"), ici le tendre Cléante, car ce Thomas-là est un sot emprunté, féru de latinismes et on voit déjà chez Molière sa rationalité quand il fait dire au fils Diafoirus qu'il a écrit une thèse dénonçant la circulation sanguine. Thèse que Toinette voudra tapisser  dans la chambre d'Angélique. Il est évoqué aussi la question de la transmission du patrimoine quand Argan veut déshériter sa fille au profit de sa seconde épouse Béline l'intrigante. Béline joue un jeu sournois, malicieux, hypocrite et sera trahie lors du jeu de dupes que lui a préparé Béralde, le sensé, le frère d'Argan qui devra feindre sa propre mort. Béline déversera son fiel en sa présence alors que Angélique pleurera et demandera à entrer dans les ordres, ce que Cléante acceptera pour l’amour qu'il a pour elle. Alors Argan acceptera le mariage de sa fille avec Cléante à condition d'être un gendre médecin, mais tous lui conseillent d'être lui-même médecin, car Béralde lui affirme qu'en recevant la robe et le bonnet de médecin, il apprendra toutes les maladies et les remèdes.

Que veut nous dire Molière dans cette pièce?

L'hypocondrie d'Argan qui "marche, dort, mange et boit comme tous les autres, mais cela ne l'empêche pas qu'il soit fort malade " (Toinette la servante) est un prétexte pour fustiger les ignorants qui  se cachent derrière un latinisme de cuisine équivalent peu ou prou à notre jargon technocratique et qui se targuent de tout régler alors même qu'ils ne savent que constater et classer les causes: ( Béralde : "Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands médecins. Entendez-les parler, les plus habiles gens du monde; voyez-les faire, les plus ignorants de tous les hommes") . Molière porte une charge sévère contre les parents autoritaires et égoïstes qui méconnaissent les désirs profonds de leurs enfants, il persifle les faiblesses humaines dans cette peur universelle de la mort et dans cette crainte de ne pas goûter aux plaisirs de la vie. Ce n'est ni plus ni moins que la comédie de la maladie et de la mort, la comédie de la désillusion médicale de son temps.

Molière, Le malade imaginaire, 1673

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Le bourgeois gentilhomme

16 Octobre 2019 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Cette comédie-ballet écrite par Molière n'est rien d'autre que la critique acerbe des parvenus de son temps qui achetaient des charges ou des titres de noblesse à des familles ruinées mais aussi la mise en perspective du ridicule de cet homme qui veut se parer de titres ou de vertus qu'il ne possède pas. Monsieur Jourdain est d'une inculture crasse, pitoyable, pathétique mais sa force comique réside dans sa naïveté la plus cocasse et la plus désopilante. Toute sa maisonnée le considère fou à vouloir jouer du gentilhomme et à se faire berner par Dorante, un nobliau sans le sou et flagorneur. Jourdain sera mystifié finalement par Covielle, l'instigateur de la duperie, Cléonte l'amant de sa fille, sa fille Lucile et sa femme nantie de bon sens paysan. Je retiens particulièrement le personnage de Nicole, la servante de la maisonnée, drôle, incisive, piquante amoureuse de Covielle, valet de Cléonte, un frère de théâtre de Scapin qui mettra en scène la mamamouchisation de monsieur Jourdain, qui en toute fin de pièce donne Nicole en mariage à Covielle, le truchement turc et sa femme à qui la voudra. La Harpe a écrit au sujet de cette farce:" Il n'y a pas un comique plus vrai ni plus gai que le personnage de monsieur Jourdain. Tout ce qui est autour de lui le fait ressortir, tout sert à mettre en jeu sa sottise."

Molière, Le bourgeois gentilhomme, 1670.

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L'avare

7 Octobre 2019 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Aujourd'hui, maladie psychiatrique reconnue, Molière à la suite d'une pièce de Plaute intitulée La marmite nous entraîne, à l'instar de La Bruyère et de ses Caractères, dans le monde mortifère des fesse-mathieux. Harpagon aime une jeune femme sans dot, mais aussi sa cassette, veut marier sa fille Elise qui refuse un barbon qu'il lui impose : "Mais a-t-on jamais vu un père marier sa fille de la sorte" où l'on sent poindre là tout ce que la condition féminine doit encore gagner. Il rudoie son personnel, La Flèche qu'il croit le voler : "Montre-moi tes mains". La Flèche les lui montre et Harpagon lui demande : "Les autres". Il maltraite son intendant Valère qui aime la fille d'Harpagon Marianne. Bref il est un personnage odieux, tyrannique, inquiétant mais Molière sait traiter la vis comica, car Harpagon arrive à nous faire rire bien malgré lui. Goethe écrit au  sujet de cette pièce: " Entre toutes les pièces de Molière, l'Avare, dans lequel le vice détruit toute la piété qui unit le père et le fils, a une grandeur extraordinaire et est, à un haut degré tragique." Je pense aussi que ce point de vue sur la pièce se distingue également dans le monologue d'Harpagon à l'acte 4, scène VII quand il découvre que sa chère cassette lui a été dérobée.

Molière, L'avare.

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Les précieuses ridicules

29 Juillet 2019 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Une récente émission de Stéphane Bern consacrée à Madame de Sévigné, son salon, son langage précieux, sa correspondance fine et éclairée m'a donné l'envie de relire Les précieuses ridicules de Molière que j'avais vu jouer à Pézenas, il y a quelques années. Cette pièce en un acte jouée à la suite de difficultés financières rencontrées par Molière écorne la préciosité qui fit des ravages dans la France du XVIIe siècle sur les âmes simples se targuant d'esprit, alors même que leurs pensées étaient d'un vide abyssal et faisant de la langue usitée un sabir loufoque. C'est une comédie de mœurs, une farce qui raille les travers d'une époque qui furent aussi des sujets largement développés par La Bruyère dans Les caractères. C'est une farce, car les deux précieuses ridicules sont dupées par leurs amants rebutés qui feront passer leurs laquais (les nécessaires) pour des gens de qualité, qui comme le dit l'un deux savent tout sans avoir jamais rien appris. Des figures de style sont devenues populaires comme voiturez-nous ici les commodités de la conversation, ou donnez-moi le conseiller des grâces. Mais je voudrais retenir comme une leçon de vie une des dernières paroles de Mascarille, le faux marquis joué par le laquais de La Grange : "je vois bien qu'on n'aime ici que la vaine apparence, et qu'on n'y considère point la vertu toute nue."

Molière, Les précieuses ridicules, pièce en un acte, 1659.

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Antigone

27 Mai 2019 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Antigone de Sophocle est une pièce complexe, très riche qui font apparaître trois concepts de la morale permettant de déboucher sur trois options : la tragédie morale du côté d'Antigone, la tragédie politique du côté de Créon et la tragédie personnelle du côté d'Hémon, fils de Créon et éperdument amoureux d'Antigone. Mais deux forces vont s'opposer frontalement, celle d'Antigone coupable de vouloir donner une sépulture décente à son frère Polynice et celle de Créon qui n'est rien d'autre que la raison d'Etat. Afin de mettre en relief le choc entre Créon et Antigone, le personnage du Gardien de la sépulture de Polynice prend une épaisseur particulière en permettant d’apporter un éclairage sur le drame qui se prépare et sur la nature des êtres en présence.

Créon, c'est la raison d'Etat, même s'il est imbu de sa personne, Créon applique la loi qui met en garde les traîtres et les mutins. Créon ne comprend pas Antigone, il est buté, autoritaire et implacable dans ses décisions. La rage et le dépit guident cet homme pour qui Antigone est une énigme, une atteinte au fonctionnement imperturbable des institutions étatiques. Elle est inflexible, car pour elle seule l'autorité des dieux doit surpasser celle des hommes, quand bien même ils sont rois et détenteurs de l'autorité, mais sa filiation monstrueuse, le suicide de sa mère, la mutilation de son père ont ravagé la conscience de cette fille pure, heureuse et de descendance princière. Elle se révolte dans un esprit de liberté ; tout en ayant conscience qu'elle paiera pour Œdipe, elle possède une spiritualité authentique proche des dieux, et croit en une justice divine irrévocable qui s'impose aux hommes. Puis entre Tirésias, le devin aveugle qui rappelle à Créon les immuables lois divines, mais il sera trop tard pour Créon, car il sera cerné de sang : Hémon meurt, Eurydice meurt, Antigone se pend, ce qui fera trois suicides pour lesquels il est trois fois assassin. Après ce drame et le déchaînement de la Némésis, les dieux sont satisfaits, permettant à l'ordre de retrouver sa place après le chaos laissé par les hommes.

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Les faux British

22 Janvier 2018 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Imaginez sept amateurs de romans policiers qui n'ont aucune notion du métier du théâtre, ni aucune rigueur et qui décident de jouer une pièce policière et vous arriverez à une série de catastrophes le jour de la première. J'ai assisté à cette pièce au théâtre Saint-Georges à Paris. Je n'ai jamais autant ri de ma vie, la salle était physiquement pliée en deux, Brigitte, mes amis Alain et Marijo ont trempé les mouchoirs. 300 000 spectateurs, le Molière 2016 de la comédie de l'année, un mélange détonant des Monty Python et des Branquignols. Une vis comica sans fin. Courez-y vite!

 

Henry Lewis, Jonathan Sayer, Henry Shields, adaptation française de Gwen Aduh et Miren Pradier, Les faux British, Théâtre Saint-Georges, 51, rue Saint-Georges, 75009 PARIS

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