Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

theatre

Les fourberies de Scapin

1 Novembre 2017 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

J'ai assisté récemment à la mise en scène présentée par Denis Podalydès à la Comédie-Française. Nous nous souvenons tous de cette grosse farce étudiée au lycée ou au collège, mais la relecture soignée et précise entreprise par Denis Podalydès révèle une profondeur, une étonnante fraîcheur et une critique acerbe des mœurs de son temps en présentant un miroir à ses contemporains, à savoir l'autoritarisme des pères, les amours contrariées, la revanche des petits sur les puissants. Benjamin Lavernhe dans le rôle de Scapin est éblouissant, moderne, malicieux. Les rôles tenus par les pères, Gilles David et Didier Sandre sont monstrueux de vérité et de finesse, mais j'exprime un peu plus de réserve pour les jeunes actrices Pauline Clément et Adeline d'Hermy.

Molière, Les fourberies de Scapin, Comédie-Française.

Lire la suite

Le Misanthrope

2 Octobre 2017 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

En revoyant Alceste à bicyclette avec Lucchini et Wilson, une métaphore de la pièce de Molière, l'idée m'a effleuré de relire le Misanthrope.

La devise d'Alceste est lapidaire : "Et c'est n'estimer rien que d'estimer tout le monde." La morale d'Alceste faite de franchise, de vérité, de raison, d'équité ( "être franc et sincère est mon plus grand talent") va se heurter à son ami Philinte qui lui dira : "Vous vouez un grand mal à la nature humaine" auquel Alceste répondra : "Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine." Mais voilà, Alceste, l'atrabilaire, est amoureux de Célimène, une coquette, une frivole, on dirait aujourd'hui une allumeuse. Alceste pousse Célimène dans ses derniers retranchements pour qu'elle s'exprime sans fard, ce qu'elle ne fait pas. Voilà Alceste qui ne supporte pas les vers d'Oronte, un rimailleur, et quand ce dernier lui demande ce qu'il pense de son sonnet, Alceste lui répond qu'il est "bon à mettre aux cabinets." Il ne supporte pas non plus Acaste, un fat imbu de lui-même, qui est en quelque sorte le miroir d'Alceste, car Acaste dans la mythologie grecque est le frère d'Alceste, tous les deux fils de Pélias. Finalement il est à noter ce paradoxe qui montre que ce misanthrope-là est toujours entouré de gens, il n'est jamais seul. La comédie tourne au tragique quand Alceste est menacé d'arrestation pour avoir osé dire ses quatre vérités à Oronte. Mais Alceste, le pur, le vertueux ne se défilera pas. Le courage est aussi une vertu cardinale chez Alceste. Il ajoute : "Les hommes sont sur toutes les affaires, loueurs impertinents, ou censeurs téméraires. " L'amour d'autrui lui fera dire : "...plus on aime quelqu'un, moins on le flatte". Alceste revendique aussi la liberté de la femme quant au choix de son amant à condition que celle-ci s'exprime ouvertement et offre son cœur dans détours, mais il va apprendre à ses dépens que Célimène est fourbe et incapable de dire la vérité : "Célimène me trompe, ce n'est qu'une infidèle". Célimène lui répond : " Vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime". Cependant la supercherie de Célimène est découverte, car les lettres qu'elle a envoyées aux deux autres prétendants, Clitandre et Acaste et qu'ils ont promis tous les deux de s'échanger révèlent son double jeu puisqu'elle manifeste à chacun d'eux son désintérêt total pour l'autre. Elle est une médisante, une hypocrite. La parole terrible d'Alceste sonne comme une défaite : " puisque entre humains, ainsi vous vivez en vrais loups, traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous".

Le Misanthrope est l'histoire navrante d'une mystification, d'une trompeuse dévoilée, d'un amoureux atrabilaire et jaloux, d'une véritable amitié mal partagée, de petits marquis prétentieux. Certains auteurs voient dans cette parole d'Alceste le moteur de cette pièce : "La parfaite raison fuit toute extrémité, et veut que l'on soit sage avec sobriété."

Molière, Le Misanthrope, 1666.

Lire la suite

Cyrano de Bergerac

27 Août 2015 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

J'ai assisté à la pièce de Rostand joué par l'Illustre théâtre à Pézenas et même si des parties furent tronquées à cause d'un personnel en sous-nombre, je n'ai pu résister à l'envie de le relire pour la cinquième fois au-moins, entre des séances de plage et des moments plus calmes.

Il est définitivement admis que ce texte sublime a porté Rostand au succès le plus retentissant grâce à son personnage à la triple dimension héroïque, tragique et symbolique. C'est un héros car il provoque et il gagne, il est tragique car il aime sa cousine Magdeleine qui en aime un autre et il est symbolique car il incarne une certaine idée de la générosité de l'âme.

Il veut être admirable en tout, déplaire est son plaisir et il aime qu'on le haïsse. Enfin son panache représente la sublimation de l'honneur, la quintessence de ses valeurs. En effet, tous les personnages de la pièce gravitent comme des planètes autour de ce soleil incandescent qui tel un titan ne s'arrête pas au nombre de ses ennemis, qui se met en danger contre les Espagnols et qui n'accepte aucune compromission auprès de la noblesse de son temps. Il veut pousser comme un chêne et non comme un lierre autour du tronc.

On pourrait écrire des centaines d'avis, mais ce qui reste vrai est la puissance du verbe et de l'action que Rostand a portée au firmament des beaux textes du théâtre.

A lire et à relire...

Lire la suite

Relire le Dom Juan de Molière

15 Juillet 2013 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Théâtre

Je relis avec beaucoup d'intérêt cette pièce dramatique de Molière, aux confins de la tragi-comédie et je me pose dès lors ces questions : Dom Juan est-il un impie ou a-t-il une si haute considération de l'Homme qu'il en oublie par là-même les fondements de la Morale? Veut-il défier le Ciel ou veut-il vivre si fort sa vie d'Homme qu'il en oublie son prochain? Et surtout, qui est Sganarelle? Sa conscience? Ou son ego, double vil et lâche?

Dom Juan est évidemment un mythe : celui du héros qui perd tout, celui du joueur qui parie contre la Mort, pari perdu d'avance comme le disait déjà Pascal des libertins dans ses Pensées.

Alors, dans ces conditions tourmentées, il ne peut se repentir, car s'il venait à se repentir, il se renierait et cela Dom Juan ne peut le concevoir, tant son orgueil est à la mesure du personnage : incommensurable.

Lire la suite
<< < 1 2