romans
Le pays des autres

Le pays des autres n'est en fait le pays de personne. Leïla Slimani dépeint le Maroc des années 55, cette terre où les autochtones ne sentent pas chez eux et les colons ne sentent plus chez eux. Les tensions montent, les cultures se cristallisent, le racisme ordinaire et la haine des Européens ne peuvent que conduire à l'inévitable : les meurtres, les incendies, les lynchages, les viols. Leïla Slimani décrit la vie de sa famille quand Mathilde, une jeune Alsacienne s'éprend d'un jeune officier marocain à la suite de la libération de Strasbourg. Elle l'épouse et part s'installer avec lui au bled. Ils ont deux enfants et comme le rappelle Amine, son mari qui tente de nouvelles avriétés d'agrume, un oranger doit rester un oranger, et un citronnier un citronnier, tenter une greffe des deux équivaut à faire prévaloir l'un sur l'autre. Deux tomes suivront cette première parution.
Leïla Slimani, Le pays des autres, éd. Gallimard, 366 p., 20 €
Le Cimetière de Prague

Umberto Eco met en scène Simon Simonini un antihéros imaginaire, mais sulfureux, mêlé aux plus sombres machinations de la fin du XIXe siècle, notamment le faux célèbre intitulé Le protocole des Sages de Sion, destiné à nous faire croire que les Juifs avaient pour unique objectif de faire main basse sur le monde. Simonini, schizoïde à souhait est un faussaire, cynique, misogyne, antisémite, conspirateur, espion à ses heures perdues, ayant aussi pour ennemis les Jésuites et les Franc-maçons. Ce roman conçu comme une machine infernale destinée à démonter les mécanismes de la haine nous permet de plonger dans une fin de siècle glauque, nous permet de rencontrer les carbonari, de découvrir l'affaire Dreyfus, le sinistre Drumond, une messe noire, Proust, les Communards, en somme tout ce qui a compté en cette fin de siècle et qui nous permet aussi de mettre en perspective les complotismes d'aujourd'hui. Eco dépeint avec justesse la monstruosité et les bassesses les plus viles.
Umberto Eco, Le Cimetière de Prague, éd. Grasset, 551 p., 23 €
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Derniers volumes de la saga de Romain Rolland qui dans les derniers tomes écrit la tragédie d'une génération qui va disparaître, happée par la montée des nationalismes et la déflagration de 1914. Christophe est une sentinelle de vie, de renaissances, une vigie accablée par le fardeau de tâches surhumaines, un passeur qui découvre un monde en pleine mutation, qui retrouve Grazia et sa fille, qui retrouve le fils d'Olivier mais qui recherche la beauté et la force, lui le sage qui demande à l'humanité d'être plus grande et plus heureuse que sa génération.
Romain Rolland, Jean-Christophe, éd. KIndle
Miroir de nos peines

Pierre Lemaitre signe le troisième volet de son triptyque consacré cette fois-ci à l'exode de 1940, en campant peu de personnages, mais tous unis par ce désir de fuir l'avancée allemande, de fuir des secrets de famille, certains dotés d'un héroïsme ordinaire, d'autres les armes à la main, mais tous sont mus par le désir extraordinaire de survivre à cette débâcle, ce maelstrom qui façonnera ou engloutira les protagonistes. Tous les personnages se retrouveront au centre du cercle, autour de Désiré un personnage haut en couleur, une espèce de caméléon, un trublion sociétal. Nous retrouvons Louise, la petite fille rencontrée dans Au-revoir là-haut, héroïne principale du roman, à la recherche d'un frère ; nous faisons la connaissance de Raoul, homme au mille ressources accompagné de Gabriel, un camarade de combat. Nous découvrons Jules, un restaurateur au cœur tendre premier témoin des interrogations de Louise. L'épilogue du roman fait résonner le récit comme une biographie ou comme une invite à une suite inéluctable.
Pierre Lemaitre, Miroir de nos peines, éd Albin Michel, 537 p., 22,90 €
Le chandelier d'or

En 70 après J.-C. les Romains avec à leur tête Vespasien leur empereur pillent le temple de Salomon et emportent dans leur butin la menora, le chandelier sacré des Juifs, pour le transporter à Rome. De là se pose la question à David Gibbins, de savoir ce qu'est devenu cet objet. Il semble que la menora ait voyagé de Rome à Constantinople puis qu'elle soit passée aux mains d'un roi viking nommé Harald Hardrada qui aurait découvert le Yucatan et combattu les terrifiants Toltèques pour finalement être convoitée par des puissances maléfiques a l'instar du félag et de l'ordre noir de la SS. En fait nul ne sait ce qu'est devenu un des symboles les plus puissants du judaïsme après l'Arche d'alliance. Pour l'auteur, il garde un pouvoir surnaturel, celui de forger la destinée des hommes.
David Gibbins, Le chandelier d'or, éd First, 363 p., 19 €
Aventures de Huckleberry Finn

A la fin des Aventures de Tom Sawyer, Huck est adopté par une riche veuve qui veut le siviliser, et malgré les 6000 dollars qu'il a perçus et sachant que son père alcoolique et violent est alléché par le magot, il prend la fuite avec Jim, l'esclave de la veuve. S'en suivent des aventures picaresques, rocambolesques, au cours desquelles il rencontrera des personnages haut en couleur le long du fleuve Mississippi. Ce roman rédigé à la première personne lui donne une force, une structure et un discours très solides. C'est l'occasion pour ce jeune vagabond lucide de découvrir le monde tel qu'il est. C'est aussi en quelque sorte une forme de compagnonnage dans l'Amérique de la moitié du XIXe siècle où les rêves des enfants côtoient la cruauté des adultes.
Mark Twain, Aventures de Huckleberry Finn, trad Bernard Hoepffner, éd Tristan, 436 p, 9,50 €
La vespasienne

Dans le Paris occupé, une vespasienne devient le lieu de rencontres ou de croisée de chemins de gestapistes, d'officiers allemands, de résistants, de soupeurs, d'invertis. Paul-Jean Lafarge, directeur d'une revue littéraire, féru de poésie, lui-même soupeur, mais aussi peu enclin à l'action, veule, et sans opinion politique, sinon celle du plus fort, observe de sa fenêtre ce ballet étrange et décide de se rendre dans cet édicule où il découvre un revolver et deux chargeurs. Pris dans un engrenage qu'il ne contrôle pas, manipulé par son entourage, il sera emporté contre son gré dans les tourments de son époque.
Sébastien Rutès, La vespasienne, éd Albin Michel, 216 p, 17 €
Boréal

Voulez-vous connaître les conséquences du crash le 21 janvier 1968, d'un B-52 des forces aériennes américaines chargée de quatre bombes H sur Thulé au Groenland ? Alors, lisez le roman de Sonja Delzongle pour en savoir plus. On peut affirmer que c'est un thriller écologique, extrêmement bien documenté scientifiquement, qui fait froid dans le dos, qui n'a pas peur de casser les codes moraux et qui rappelle la toute-puissance de la nature.
Sonja Delzongle, Boréal,éd Denoël, 445 p, 20,50 €
Tom Sawyer

Tom Sawyer, dans l'excellente traduction de Bernard Hoeffner qui a su ôter les scories des traductions antérieures, par exemple les imparfaits du subjonctif employés par Tom, est une chronique d'un village perdu au fond du Mississipi, un village aux codes sociaux bien établis, au conformisme patent, mettant en scène un enfant qui joue à la liberté, qui est un beau parleur, mais qui reste attaché à ses racines bien solides. Tom Sawyer est un roman initiatique permettant à l'enfant d'entrer dans le monde des adultes, un roman décrivant un monde disparu, mais qui voit Tom tout faire en définitive pour adhérer à ce monde dans lequel il va et veut entrer. Tom est certes sympathique mais pas aussi attachant que son ami Huck, qui veut se détourner de cette société dont il ne veut pas : à noter que Tom retrouve Huck dans un tonneau après avoir fui sa protectrice, rappelant étrangement les habitudes de Diogène.Tom et Huck représentent certainement les deux faces possibles d'un futur adulte : le conformiste, Tom, et celui qui veut aller voir derrière la colline, Huckleberry Finn.
Mark Twain, Les aventures de Tom Sawyer, éd Tristram, 303 p, 7,90 €
Les garçons de l'île aux renards

17 août 1968. Mon premier roman offert par une amie de ma mère et retrouvé dans la bibliothèque de mes parents Le début de 50 ans de passion pour la lecture.
Eilis Dillon, Les garçons de l'île aux renards, éd Bibliothèque verte, 186 p, 9 FF
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