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histoire

La France en danger

23 Janvier 2025 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Quelles furent les conséquences du désastre de Pavie ? Louise de Savoie, la mère de François Ier reçoit la nouvelle du désastre quatre jours après. La cour a peur, l'élite des armées est décimée, le roi est prisonnier. La France est encerclée par les Anglais, les Espagnols, les Allemands, mais comme souvent en cas d'alliance, les alliés ne s'entendent pas : Charles Quint se méfie d'Henri VIII. Les armées victorieuses ne sont pas payées, le Turc menace l'Europe orientale. Alors Charles Quint réclame tout simplement la Bourgogne, François Ier refuse, mais Louise de Savoie, une femme de tête, agit efficacement, signe une paix séparée avec Henri VIII, consolide les frontières, lève de nouveaux impôts, se rapproche de Venise mais aussi de l'empire ottoman. Elle et son gouvernement jouent avec le temps et attendent que la France aille mieux, ce qui est le cas. Seul écueil : François Ier est détenu en Espagne. Pourtant il cède et accorde la Bourgogne à Charles Quint. François rentre en France et déchire cet accord au grand dam de Charles Quint. Alors que reste-t-il de ce désastre ? Une haute noblesse française décimée, un roi parjure et une nouvelle diplomatie qu'on pourrait qualifier de Realpolitik. Enfin les rêves d'héroïsme chevaleresques ne sont plus qu'un lointain souvenir.

Le désastre de Pavie. 1525.

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Le désastre de Pavie

22 Janvier 2025 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Les rois de France guerroient depuis 20 ans en Italie. Nous sommes en 1525. Les Français ont perdu Naples, Le futur Charles Quint fait tout son possible pour les chasser de l'Italie du Nord. Les Espagnols menacent le royaume de France au Sud, les Anglais se font pressants sur la Manche au Nord, à l'Est et au Nord les Impériaux menacent. Et un grand maelstrom s'enroule autour des Français. François Ier résiste, repousse le traître connétable de Bourbon, mais au lieu de rester sur les positions acquises, et écoutant les mauvais conseils de Bonnivet, et écoutant son obsession de reprendre Milan, il repasse les Alpes, reprend Milan et laisse un contingent des Impériaux dans la fort château urbain. Il décide de régler cette campagne devant Pavie. Pavie affamée, est à cours de munitions, de vivres, et d'argent pour la solde. Le capitaine espagnol tient bon, en fidèle lieutenant de Charles Quint. Francois Ier fait tirer l'artillerie, jugée la meilleure du monde, les assauts des fantassins sont repoussés plusieurs fois. Rien n'y fait. François Ier insiste, épuise ses troupes dans le froid et sous la pluie. Il convient de nourrir également les 20000 à 30000 hommes. Pavie résiste sous une discipline de fer. Les renforts impériaux arrivent ( 25000 hommes) et campent derrière les Français qui se trouvent à leur tour assiégés. Mais l'artillerie française cause des dégâts atroces sur l'avant-garde impériale, la cavalerie lourde charge et remporte cette première escarmouche. Mais coup de théâtre : 1000 arquebusiers espagnols embusqués tirent sur les Français et l'hécatombe commence : les assiégés de Milan sortent et aucun prisonnier ne sera fait, les lansquenets prennent l'artillerie, les fuyards se noient. 10000 morts. François Ier est fait prisonnier. Pourquoi ce désastre ? François Ier n'a proposé aucune stratégie, malgré la meilleure armée du monde, il s'est coupé de son artillerie trop lourde. Cette victoire des Impériaux réside certainement dans une artillerie mobile, rapide, les arquebusiers allemands et espagnols ont mis fin en ce jour du 24 février 1525 à la chevalerie. Il y a 500 ans.

La bataille de Pavie, 24 février 1525

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L'alimentation en eau du canal du Midi

6 Janvier 2025 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Chef-d'oeuvre d'ingénierie hydraulique, le canal du Midi, qui traverse notre belle Ocitanie de Toulouse à Sète, est né d'un esprit éclairé du XVIIe siècle, Pierre-Paul Riquet. M. Albanel nous convie à découvrir les différentes voies d'eau qui alimentent le canal depuis la montagne Noire, mais aussi depuis deux décennies depuis les Pyrénées grâce à deux barrages construits pour subvenir aux besoins toujours grandissants en approvisionnement en eau. Cet ouvrage est agrémenté, outre ces détails techniques instructifs, de cartes postales anciennes et de photos récentes qui illustrent avec soin et plaisir les propos de l'auteur. 

Jacques Albarel, L'alimentation en eau du canal du Midi, éd. Anne-Marie Denis, 89 p., 20 €

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Les voies romaines en Gaule

19 Juillet 2023 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Lors d'une énième visite à Nissan-lez-Ensérune, notamment sur le site gallo-romain d'Ensérune, j'ai acquis ce livre de Gérard Coulon qui fort d'une pensée de Joseph Bédier, romaniste français, "au commencement était la route", décrypte la naissance d'une route sous l'Empire romain en la détaillant en sept chapitres : la recherche des voies, la mise en place du réseau routier, la construction des voies, la signalisation, les ouvrages d'art, la voie élément structurant du paysage, trafic et vie de la route. Ces sept chapitres nous rappellent finalement que la méthode de construction de la voirie n'a pas changé de nos jours. Cette quatrième édition revue et augmentée et agrémentée d'une superbe iconographie et de beaux crédits photographiques, offre un beau voyage consacré à la route, élément structurant des relations humaines.

Gérard Coulon, Les voies romaines en Gaule, éd. errance, 238 p., 26 €

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Mille ans de langue française - Nouveaux destins

29 Mars 2023 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Alain Rey, Frédéric Duval et Gilles Siouffi en terminent avec le parcours historique de notre langue en partant du siècle des Lumières jusqu'à nos jours. Notre langue évolue, plastique aux conditions démographiques, économiques, structurelles pour aborder notre siècle, notamment avec le verlan, le rap et donc de nouveaux parlers. La Révolution française, la Première Guerre mondiale en favorisant les mixités ont engendré des néologismes, des grammaires différentes. Le phénomène de la colonisation a entraîné ce que les auteurs nomment des "francophonies". Notre langue est aujourd'hui à un carrefour d'intérêts divers, tant dans le concert mondial des nations que dans la prévalence de l'anglais, langue souple, à la grammaire très simple, pure. L'accélération des pratiques doit être prise en considération et plutôt que de bannir, il convient plutôt d'enrichir, à la condition que le bon sens prime.

Alain Rey, F. Duval, G.Siouffi, Mille ans de langue française,T2, éd. Perrin-Tempus, 11 €, 537 p.

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Quand chevauchaient les comtes de Toulouse

28 Mars 2023 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

On les surnommait les comtes de fer. Voici cette dynastie.

Raimond IV

Après avoir cimenté les morceaux épars d'une province très riche, Raimond IV part pour la première croisade. Un chef de guerre? Il découvre à Antioche la lance qui a transpercé le Christ et ravive un enthousiasme perdu par les croisés. Il meurt au combat à Tripoli.

Bertrand

Son fils, il soutient les Francs à Jerusalem, prend Tripoli qu'il lègue à sa famille.

Alphonse Jourdain

En querelle avec le seigneur de Montpellier, il fait un mauvais choix politique. Les villes du Languedoc se dotent de consulats et donc de bourgeois. Il part pour la deuxième croisade prêchée par saint Bernard et meurt au combat.

Raimond V

Tête politique, il ne prend jamais parti entre les rois d'Angleterre et d'Aragon. Dans une société raffinée et luxueuse, les troubadours chantent la langue d'oc. L'hérésie cathare avance sur ses terres, ce qui éveille les loups de la papauté.

Raimond VI

Une guerre de conquête menée par les gens de la langue d'oui s'étend sur les terres du comte de Toulouse. Simon de Montfort, l'usurpateur, prend le titre et les terres de Raimond. Raimond et son fils débarquent à Marseille pour reprendre leurs prérogatives.

Raimond VII

C'est au tour du roi de France, Louis VIII, puis de sa femme Blanche de Castille de repartir en croisade contre le fief de Toulouse, au motif d'un soutien séditieux de Raimond aux hérétiques. C'est purement et simplement une guerre d'annexion. 

Fin de la très belle civilisation occitane. 

Jean-Luc Déjean, Quand chevauchaient les comtes de Toulouse, éd. Fayard, 414 p.

 

 

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Ensérune

19 Septembre 2022 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

La région Occitanie présente de nombreux sites gallo-romains grâce à sa position stratégique dans l'Empire romain permettant aux marchands, aux troupes de passer aisément des confins de l'Italie vers l'Espagne. Ensérune à 10 km de Béziers en fait partie. Le premier habitat se situerait 575 ans avant J.-C.

L'occupation de cet oppidum aurait duré jusqu'au Ve siècle après J.-C., puis c'est le silence jusqu'en 1860. Des fouilles sont alors entreprises et mettent au jour des silos, des ornements funéraires, de la vaisselle. Depuis les fouilles continuent, se sont étendues et enfin le musée qui était vieillot a été repensé, recalibré. Une vraie réussite.

Guides archéologiques de France, Ensérune, 98 p., 18 €

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Une écriture déchiffrée

8 Décembre 2020 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

EXCLU. Un Français "craque" une écriture non déchiffrée de plus de 4000 ans, 

François Desset est parvenu à déchiffrer l’élamite linéaire, un système d’écriture utilisé en Iran il y a 4.400 ans. Dans sa version archaïque proto-élamite (dès 3300 avant J.-C.), celle-ci rejoint les deux systèmes d’écritures les plus anciens connus au monde, le proto-cunéiforme des Mésopotamiens et les hiéroglyphes égyptiens. De quoi modifier les connaissances que l’on avait jusque-là sur l’origine de l’écriture !

Elamite Linéaire
 
 

"Inscription B" en élamite linéaire retrouvée sur un galet gravé provenant de Suse, Iran, attribuée au souverain Puzur-Shushinak (2150-2100 av.J. -C), (Musée du Louvre) à gauche; "Inscription K" en élamite linéaire figurant sur un vase Gunagi en argent daté de 1900/1880 av. J.-C (Iran), à droite.

CRÉDITS: FRANÇOIS DESSET / SYLVIANE SAVATIER POUR SCIENCES ET AVENIR

L’annonce – très rare - a dû réjouir les mânes de l’abbé Barthélémy, de Sylvestre de Sacy ou encore de Champollion. L’archéologue français François Desset, du Laboratoire Archéorient à Lyon, a annoncé le 27 novembre 2020 qu’il avait réussi à déchiffrer des inscriptions vieilles de 4.400 ans ! Toutes étaient rédigées en élamite linéaire, une écriture utilisée par les Elamites qui peuplaient alors l’Iran. Les érudits réunis en ligne pour prendre connaissance de cette découverte depuis le département des biens culturels de l’Universita degli Studi di Padova de Padoue (Italie), ont été enthousiastes. Voici en effet plus d'un siècle que ce système d’écriture, utilisé sur le plateau iranien dans l’ancien royaume d’Elam (actuel Iran) entre la fin du 3ème millénaire et le début du 2ème millénaire avant notre ère, échappait au déchiffrement, comme c’est encore le cas pour le linéaire A crétois ou l’écriture de la vallée de l’Indus. Entre marques d’admiration et félicitations des confrères, le Français, fraîchement débarqué de l’Université de Téhéran (Iran) où il enseigne depuis 2014, a expliqué en anglais que : "Cette écriture avait été découverte pour la première fois sur l’antique site de Suse (Iran) en 1901 et que depuis 120 ans nous n’étions pas parvenus à lire ce qui avait été inscrit il y a 4.400 ans faute d’avoir trouvé la clé". Chose désormais faite !

 
 
 

 
François Desset, archéologue au Laboratoire Archéorient (Lyon), professeur à l'Université de Téhéran (Iran), encadré par des colonnettes funéraires retrouvées dans des tombes du 3e millénaire avant J.-C, au Balouchistan iranien. ©François Desset

 

"Des systèmes d'écriture contemporains"

Les plus anciens exemples d'écriture connus à ce jour proviennent de Mésopotamie (Irak actuel) et remontent à l’Age du Bronze, vers 3300 ans avant J.-C. : il s’agit des tablettes proto-cunéiformes. Or le déchiffrement de l’élamite linéaire remet en question cette suprématie ! "Nous découvrons en effet que vers 2300 avant J.-C., un système d'écriture parallèle existait en Iran, et que sa version la plus ancienne - appelée l’écriture proto-élamite, (3300 avant J.C. - 2900 avant J.-C.) – remontait aussi loin dans le temps que les premiers textes cunéiformes mésopotamiens ! précise François Desset. Aussi, je peux aujourd’hui affirmer que l’écriture n’est pas d’abord apparue en Mésopotamie puis plus tard en Iran : ces deux systèmes, le proto-cunéiforme mésopotamien et le proto-élamite iranien, ont en fait été contemporains ! Il n’y a pas eu une écriture mère dont le proto-élamite serait la fille, il y a eu deux écritures sœurs. D’autre part, en Iran, il n’y a pas eu non plus deux systèmes d’écritures indépendantes comme les spécialistes le pensaient jusque-là, avec le proto-élamite d’un côté et l’élamite linéaire de l’autre, mais une même écriture qui a été soumise à évolution historique et a été transcrite avec des variations au cours de deux périodes distinctes." 

Ce qui change complètement la perspective sur l’apparition du système d’écriture au Proche Orient puisqu’il est désormais plus exact de dire que l’Iran a développé son propre système d’écriture "en même temps" qu’en Mésopotamie et que le plateau iranien ne devrait plus être ignoré désormais dans les reconstitutions historiques traitant des origines de l’écriture...

 
 

  
En vert, l'aire de diffusion de l'écriture élamite linéaire au 4e/3ee millénaire avant J.-C. ©François Desset

 
 

 

C’est cette forme la plus récente de l’écriture iranienne (l’élamite linéaire) que l’archéologue français a pu déchiffrer. Il s’agit, à l’heure actuelle, de quarante inscriptions provenant du sud de l’Iran, depuis l’antique ville de Suse, en passant par le Fars (avec la région de Kam Firouz et la plaine de Marv Dasht, juste à côté du célèbre site achéménide de Persépolis) puis le sud-est iranien avec Shahdad et le célèbre site de Konar Sandal / Jiroft. Contrairement au cunéiforme mésopotamien, qui est un système d’écriture mixte alliant des phonogrammes (signes transcrivant un son) à des logogrammes (signes transcrivant une chose, une idée, un mot), l’élamite linéaire présente quant à lui la particularité, unique au monde au 3ème millénaire avant J.-C., d’être une écriture purement phonétique (avec des signes notant des syllabes, des consonnes et des voyelles). Utilisée d’environ 3300 à 1900 avant J.-C., l’écriture iranienne a considérablement évolué entre ses textes les plus anciens (les tablettes Proto-Elamites) et les plus récents (les textes en élamite linéaire), avec notamment un processus "d’écrémage". Des 300 signes de départ permettant de noter les noms propres dans les tablettes proto-élamites (dont la grande majorité est conservée à l’heure actuelle au Musée du Louvre), il n’en restera que 80 à 100 par la suite en élamite linéaire, sa version la plus récente. Une centaine de signes utilisés donc en continu pendant quelque 1400 années et généralement écrits de la droite vers la gauche et du haut vers le bas. "Pour travailler, nous avons divisé la quarantaine de textes dont nous disposions en 8 corpus, en fonction des provenances et des époques. Car l’élamite linéaire a été utilisé de 2300 à 1900 avant J.-C. sous le règne de différents souverains et dynasties et dans différentes régions", poursuit l’archéologue. La plupart des textes sont des inscriptions royales assez répétitives, dédicacées à d’anciens dieux, du type : "Je suis [le nom], le grand roi de [nom], le fils de [nom du père], j’ai fait cet objet pour [nom du dieu ou d’une personne]".

Le déclic des "vases gunagi"

Pour François Desset, le "déclic" du déchiffrement s’est produit en 2017 lors de l’analyse d’un corpus de 8 textes rédigés sur des vases en argent, qualifiés de "vases gunagi", datés vers 2000-1900 avant J.-C. et venant de tombes de la région de Kam-Firouz (à l’heure actuelle conservés dans une collection privée à Londres). Comme ces vases présentaient des séquences de signes très répétitives, standardisées à vrai dire, l’archéologue a pu ainsi repérer les signes servant à noter les noms de deux souverains, Shilhaha et Ebarti II (ayant régné tous les deux vers 1950 avant J.-C.) et de la principale divinité vénérée alors dans le sud-ouest de l’Iran, Napirisha.

 
Inscription en élamite linéaire dans la partie supérieure de ce vase en argent provenant de Marv Dasht (Iran), daté du 3e millénaire avant J.-C. © François Desset

 

 

Cette première étape du déchiffrement, publiée en 2018, a abouti cette année (grâce à l’opportunité offerte par la quarantaine dans son appartement à Téhéran et la collaboration de trois autres collègues, Kambiz Tabibzadeh, Matthieu Kervran et Gian-Pietro Basello) au déchiffrement complet, qui sera publié scientifiquement en 2021*. Ainsi, à titre d’exemple, le décryptage d’un magnifique vase en argent découvert dans la région de Marv Dasht dans les années 1960 et conservé à l’heure actuelle au Musée National à Téhéran (Iran), où l'on peut désormais lire: "A la dame de Marapsha [toponyme], Shumar-asu [son nom], j’ai fait ce vase en argent. Dans le temple qui sera célèbre par mon nom, Humshat, je l’ai déposé en offrande pour toi avec bienveillance". Le résultat d’années de travail acharné. "Je travaille sur ces systèmes d’écriture depuis 2006, explique le chercheur à Sciences et Avenir. Je ne me suis pas levé un matin en me disant que j’avais déchiffré l’élamite linéaire. Cela m’a pris plus de 10 ans et je n’ai jamais été certain que je parviendrais au but."

 

L’écriture élamite linéaire note une langue particulière, l’élamite. Il s’agit d’un isolat linguistique ne pouvant être rattaché à l’heure actuelle à aucune autre famille linguistique connue, à l'exemple du basque. "Jusqu’à ce déchiffrement, tout ce qui concernait les populations occupant le Plateau iranien provenait d’écrits mésopotamiens. Ces nouvelles découvertes vont enfin nous permettre d’accéder au propre point de vue des hommes et femmes occupant un territoire qu’ils désignaient par Hatamti, alors que le terme d'Elam par lequel nous le connaissions jusque-là, ne correspond en fait qu’à un concept géographique externe, formulé par leurs voisins Mésopotamiens".

 
Cône en terre cuite comportant des inscriptions en élamite linéaire datées d'environ 2500-2300 avant J.-C. ©François Desset

Cette percée du déchiffrement à des implications importantes dans trois domaines, a poursuivi François Desset: "sur l'histoire iranienne; sur le développement de l'écriture en Iran en particulier, et au Proche-Orient en général, avec des considérations sur la continuité entre les systèmes d'écriture proto-élamite et élamite linéaire; et sur la langue hatamtite (élamite) elle-même, désormais mieux documentée dans sa forme la plus ancienne et rendue désormais accessible pour la première fois par un système d'écriture autre que le cunéiforme mésopotamien (lire encadré).

Pour Massimo Vidale, le protohistorien italien organisateur de la conférence de Padoue, dont Sciences et Avenir vient de publier les travaux sur le site d'"Hatra, la cité du Dieu-Soleil" (Irak), dans son magazine daté décembre 2020 actuellement en kiosque, François Desset est un digne successeur des grands aventuriers du déchiffrement, ajoutant: "La France, par ce nouveau décryptage, maintient sa primauté dans le "craquage" des anciens systèmes d'écritures perdus !". Quant à François Desset, il s'est déjà lancé dans le déchiffrement de l'état le plus ancien de l'écriture iranienne, les tablettes proto-élamites, pour lesquelles il considère avoir désormais ouvert une "autoroute".   

A propos du déchiffrement des anciennes écritures

Il ne faut pas confondre langue (les sons parlés) et écriture (les signes visuels). Ainsi, un même système d’écriture peut être utilisé pour noter des langues différentes. Par exemple, l’alphabet latin permet actuellement de transcrire le français, l’anglais, l’italien ainsi que le turc par exemple. De la même façon, l’écriture cunéiforme des Mésopotamiens permettait de transcrire plusieurs langues comme l’akkadien (langue sémitique), le vieux perse (langue indo-européenne) ou bien encore l’élamite et le sumérien (isolats linguistiques). Inversement, une langue peut également être transcrite par différents systèmes d’écriture comme le persan (une langue indo-européenne) qui s’écrit à l’heure actuelle aussi bien avec l’alphabet arabe en Iran (et parfois l’alphabet latin avec le surprenant phénomène du fingilish), que l’alphabet cyrillique au Tadjikistan alors qu’il a été noté par le passé avec un système cunéiforme à l’époque achéménide (ca. 520-330 avant J.-C., pour le Vieux Perse) ou l’alphabet araméen à l’époque sassanide (3ème-7ème siècle de notre ère pour le Moyen Perse). Dans le cas de la langue élamite, elle était connue jusqu’à présent uniquement à travers l’écriture cunéiforme. Avec le déchiffrement de l’écriture élamite linéaire réalisé par François Desset, nous avons désormais accès à cette langue à travers un système d’écriture probablement développé exprès pour elle et reflétant donc mieux les subtilités phonologiques de cette langue que l’écriture cunéiforme.

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La comptabilité de Saint-Louis

30 Novembre 2020 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Une légende prétendait que Saint-Louis, lors de son retour de Croisade en 1254 avait embarqué sur ses nefs 1500 musulmans convertis à la foi chrétienne. L'auteur américain William Chester Jordan, historien médiéviste en apporte la preuve grâce à l'analyse de fragments de la comptabilité du roi, notamment l'entrée d'un compte en 1253 " pour les robes et manteaux de deux convertis". A partir de ce constat, l'historien évoque l'idée "d’user de manière créative d'une imagination raisonnée." Ces nouveaux venus, fruit de l'assimilation étaient installés dans le nord de la France, afin d'éviter le contact trop dangereux avec les rives de la Méditerranée. Cette assimilation qui reposait sur deux principes, l'absence de ghettoïsation et la générosité des pouvoirs publics concernait des chefs de clan qui avaient fait suivre dans leurs bagages toute leur famille, mais qui redoutaient l'apostasie punie de bûcher, comme certains convertis le virent lors de la condamnation d'un juif coupable de ce délit et qui fut brûlé à Rouen, provoquant ainsi une peur tout à fait légitime.

William Chester Jordan, La prunelle de ses yeux, éd. de l'EHSS, 170p., 19,80 €

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La voie domitienne

30 Septembre 2020 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Natif de Béziers, c'est avec un plaisir gourmand que j'ai dévoré ce livre retraçant depuis ses origines grecques jusqu'à aujourd'hui le tracé de cette voie qui permet de relier l'Espagne à l'Italie en longeant peu ou prou le bord de côte du Languedoc-Roussillon. On découvre que les troupes d'Hannibal auraient emprunté ce chemin naturel pour débouler en Italie et que l'Empire romain au faite de sa gloire, notamment sous le règne d'Auguste aurait amélioré ses infrastructures pour en faire un circuit de circulation des légions et des marchandises permettant de protéger et de nourrir Rome, mégapole de plus d'un million d'habitants. Les ingénieurs romains auraient en quelque sorte fait tout leur possible pour raccourcir les durées d’acheminement en créant des relais, des postes, des auberges, pour fluidifier le trafic et assurer le confort et la sécurité des personnes. Les historiens ont mis au jour un système cadastral très pointu permettant de quadriller les villes et d'organiser le lotissement des propriétés dédiés aux colons après leurs succès sur les tribus indigènes gauloises qui au fil du temps ont adopté le style de vie romain. Puis, de l'invasion des Wisigoths jusqu'à l'éclatement médiéval et le rôle des baronnies et des comtés, ce tracé fut conservé avec plus ou moins de contraintes pour aboutir au rôle des Intendants sous le règne de Louis XIV, qui ont su maintenir l'idée lumineuse de pouvoir faire circuler sans encombre les personnes et les biens, ce qui a été bien sûr amplifié depuis la IIIe République jusqu'à nos jours où l'on constate que la construction des chemins de fer, des autoroutes flirtent avec les tracés originels des pionniers romains qui faute de moyens considérables pour les constructions d'infrastructures supplémentaires ont su trouver la voie juste, puisque par endroits, l'antique via domitia a été noyée par le goudron de l'A9 ou de la RN 113.

Pierre Clément, Alain Peyre, La voie domitienne, éd. Les Presses du Languedoc, 190 p., 26,68 €

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