histoire
Tramways et trais en pays biterrois
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A l'heure où de grandes villes ont fait depuis plusieurs années le pari du transport propre en tramway, Michel Guibbert un cartophile passionné a réuni dans ce livre quelques unes de ses plus belles pièces pour rappeler l'histoire de ce moyen de transport à Béziers. Bien sûr ce ne fut pas facile dans les années 1880 d'imposer cette idée dans une ville engorgée par les charrois, les omnibus à cheval, mais l'idée a fait son chemin et on doit en grande partie la réalisation du réseau à Alphonse Mas, un des plus grands maires de Béziers. La ligne qui retient l'attention est celle qui reliait Béziers à Valras et qui permettait à la bourgeoisie et à la jeunesse du cru de prendre les premiers bains dès la fin du XIXe siècle. Puis fut instaurée la ligne d'intérêt local qui reliait Béziers à des communes limitrophes. Grâce à Google Earth, nous pouvons suivre les itinéraires, mais aussi les gares et parfois des rails qui sont restés en place. Un vrai voyage pour les nostalgiques d'un temps où l'on prenait son temps et où on n'oubliait pas ses voisins.
Michel Guibbert, Tramways et trains en pays biterrois, éditions du Mont, 158 p., 24 €
La Méditerranée, mer de nos langues

Louis-Jean Calvet retrace dans cet ouvrage qui a reçu le prix Ptolémée en 2016 le façonnage des neuf langues parlées autour du bassin méditerranéen en évoquant en premier lieu le rôle fondateur des Phéniciens, la base des premiers alphabets, l'apparition du phonétisme et les premiers textes puniques qui semblent être aux racines de l'arabe d'aujourd'hui. Quant à l'hébreu, langue du Livre, elle est devenue une langue mythique au XVIe siècle, mais elle est aujourd'hui une langue parlée essentiellement par les religieux. Elle semble aujourd'hui engloutie en Israël par les diverses langues des migrants juifs, russes, allemands, français et autres. On ne peut parler de la Méditerranée sans évoquer les empires grec et romain. Alexandre le Grand a conquis un empire jusqu'aux confins de l'Inde et a par conséquent laissé une trace indélébile dans les parlers des peuples conquis, notamment lors de la construction de nouvelles villes, dont Alexandrie en Egypte a laissé une belle place dans l'imaginaire collectif. Cependant les troupes d'Alexandre venues de Macédoine, constituées d'alliés, de mercenaires s’exprimaient en divers dialectes ou parlers, ce qui permettra la naissance d'une langue véhiculaire, la koiné, qui grâce à l'armée deviendra une langue administrative parlée de l'Egypte à l'Indus et qui coexistera plus tard avec le latin. Le latin, ce dialecte parlé par peu de locuteurs dès ses origines et dont le centre géographique est enclavé dans les régions où l'on parle l'étrusque, l'osque par exemple va s'imposer comme la langue hyper centralisatrice qui donnera naissance à nos langues romanes que sont le français, l'espagnol, l'italien, le roumain, le corse, le sarde, le provençal, l'occitan et autres dialectes locaux. A la chute de l'Empire romain, ce morcellement d'unités va imposer de nouveaux parlers et condamner à long terme le latin réservé à une élite intellectuelle qui ne tiendra pas ou peu compte de l'irréversibilité du phénomène. A la mort de Mahomet en 632, l'arabe est une langue parlée par des tribus bédouines, mais inlassablement les troupes musulmanes vont conquérir ce monde méditerranéen de manière concentrique de l'Indus à l’Espagne avec pour capitale Bagdad. Puis viendront le temps des Croisades, qui constitueront également des chocs civilisationnels, qui mettront en lumière les incompréhensions de deux mondes, l'un chrétien, l'autre musulman et une lutte sans merci. La Reconquista permet au monde chrétien de reprendre pied dans la péninsule ibérique, mais met en abyme le cas particulier de la langue espagnole truffée de vocables arabes, tout comme à Chypre et à Malte.
Puis l'auteur met en avant quelques mots typiquement méditerranéens comme l'olive, l'huile et le pétrole, ces trois mots aux destinées bien singulières et qui constituent aujourd'hui des données économiques mondiales. Ensuite Louis-Jean Calvet se penche avec une acuité particulière sur l'histoire des truchements, des drogmans, issus d'écoles de traduction spécifiques, mais qui ont toujours suscité la suspicion compte tenu de leurs connaissances des langues à interpréter, ce qui permet à l'auteur de conclure son ouvrage sur les politiques contemporaines de préservation des langues, de leur reconnaissance internationale, de rappeler l'histoire des pays autour de la Méditerranée, notamment la Turquie et la Grèce. Des tableaux statistiques permettent de mieux comprendre les flux inégaux de traduction. C'est pour quoi Louis-Jean Calvet milite pour une approche écolinguistique et géopolitique des langues de la Méditerranée.
Louis-Jean Calvet, La Méditerranée, mer de nos langues, éd. Biblis, 382 p., 10,00€
Pour ne pas les oublier...

Le 30 mai 1917
Léonie chérie
J'ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd'hui témoigner de l'horreur de cette guerre.
Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s'écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l'odeur est pestilentielle.
Tout manque : l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n'avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.
Nous partons au combat l'épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d'un casque en tôle d'acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d'un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d'un bras, d'une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.
Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j'avançais les sentiments n'existaient plus, la peur, l'amour, plus rien n'avait de sens. Il importait juste d'aller de l'avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d'accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l'épaule j'errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s'étendait à mes pieds. J'ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s'emparant de moi.
Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l'état major. Tous les combattants désespèrent de l'existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n'a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.
Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J'ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d'aider les combattants à retrouver le goût de l'obéissance, je ne crois pas qu'ils y parviendront.
Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d'une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l'histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l'aube, agenouillé devant le peloton d'exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t'infliger.
C'est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd'hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.
Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple est réhabilitée, mais je n'y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.
Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.
Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.
Eugène ton mari qui t'aime tant
Mille ans de langue française Tome 1

Ce livre aux contours techniques se parcourt néanmoins aisément, car les auteurs ont su utiliser un français clair, riche et plaisant. Ce premier tome décrit les rapports conflictuels, interdépendants entre la langue orale, volatile, réservée au menu peuple et à ses métiers, diverse selon les régions (sept groupes de langues sont répertoriés sur le sol français) et la langue écrite qui fige, une langue réservée aux élites, clercs et juristes. On découvre la lecture à voix haute dès les premiers textes publiés par les copistes, puis par les premières imprimeries et à l'heure où François Busnel met en oeuvre un concours de lecture à voix haute pour les lycéens et collégiens, je ne peux m'empêcher de penser à un retour cyclique.
Alain Rey, Frédéric Duval, Gilles Siouffi, Mille ans de langue française, histoire d'une passion, éd Tempus, 667 p., 12€00
L'été des quatre rois

1830. Les Trois Glorieuses. Charles X voit sa couronne ramassée par son cousin Louis-Philippe, le fils de Philippe-Egalité, à la suite d'émeutes sanglantes qu'il n'avait pas su voir venir, tant sa politique fut rétrograde après la publication des ordonnances de Saint-Cloud, et en matière de liberté de la presse notamment. Camille Pascal nous raconte par le menu l'abdication et le départ pour l'exil de Charles, comte d'Artois, petit-fils de Louis XV, avec sa famille sur les routes le conduisant à Cherbourg pour un embarquement vers l'Angleterre. Ce périple dans des berlines lourdes, accompagnées par les troupes du maréchal Marmont, vaut surtout pour la précision et le luxe de détails que l'auteur nous offre. L'auteur a titré son livre les quatre rois, car en quelques jours, la France voit un roi qui abdique, son fils Louis-Antoine qui renonce par obéissance ou par faiblesse, mais Charles X demande à Louis-Philippe en tant que lieutenant-général du royaume, de conserver la couronne pour son petit-fils le duc de Bordeaux sous le nom de Henri V. C'est aussi l'occasion de croiser Talleyrand, Chateaubriand, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Thiers, mais aussi des villes ouvertement royalistes comme Valognes, des villes ouvertement républicaines comme Dieppe. Camille Pascal clôt son ouvrage par un autre exil raconté par Victor Hugo. La querelle des légitimistes et des orléanistes a déjà commencé.
Illustrations des principaux protagonistes.


Charles X, Louis-Philippe, roi des Français

Louis-Antoine, fils de Charles X

La duchesse de Berry, épouse de Louis-Antoine
Camille Pascal, L'été des quatre rois, éd. Plon, 661 p., 22,90 €
Une mer jalousée

Au moment où des migrants traversent la Méditerranée pour rejoindre l'Europe et dans la continuité des essais sur la Méditerranée de Fernand Braudel, l'auteur, Guillaume Calafat se penche sur la difficile délimitation des frontières dans l'espace liquide que constitue la mare nostrum. En clair, il s'agit de convertir la souveraineté sur un territoire terrestre vers un espace maritime, en terme aussi d'appropriation des ressources, du droit de circulation, de fiscalité et de protection contre la piraterie. Au XVIIe siècle, l'auteur rappelle que les montages juridiques du droit des gens, du droit du commerce étaient soumis au bricolage et à une mer de papiers et de procédures. Ici, rien de naturel, mais des constructions savantes et complexes qui rappellent l'histoire de la souveraineté relatives aux principes de propriété et d'occupation des territoires.
Guillaume Calafat, Une mer jalousée, éd. Le Seuil, 456 p., 25 €
Naissance de la Grèce

Un beau livre qui retrace la naissance de cette civilisation depuis les palais de Minos jusqu'à l'époque mycénienne. Les âges du bronze, du fer sont évoqués sans rupture brutale. On y découvre la multiplication des palais coexistant avec de nombreux villages agricoles et de puissantes communautés rurales, permettant l'éclosion d'une caste de possédants qui sert d’intermédiaires avec le pouvoir central. Les poleis émergèrent de sociétés agricoles développant de nouvelles formes de rapport aux dieux et au pouvoir tout en entretenant des relations commerciales avec l'Orient. Et les auteurs notent que la circulation des biens, des personnes, de l'écriture existait, certes moins rapide que de nos jours, mais suffisante pour que les métissages s'opèrent. Il est à noter également que certaines cités se sont irrémédiablement fermées, par exemple Sparte, alors que d'autres ont réellement créé des diasporas sur toute la Méditerranée. Athènes a ainsi pensé être le digne successeur de Minos, le premier Grec à avoir imposé sa puissance sur la mer, car ils diffusèrent eux aussi leur pouvoir sur la Méditerranée.
Maria Cecilia d'Ercole, Julien Zurbach, Naissance de la Grèce, 688 p., 49 €
Les cinq plaies de la République

Cet article d'Historia renvoie aux causes qui ont favorisé l'avènement de l'Empire romain qui a précipité la République dans un bain de sang. Les voici:
- une classe politique sclérosée
- un système corrompu
- une classe moyenne mécontente
- des émeutes à répétition
- une anarchie permanente
Si vous trouvez peu ou prou des comparaisons à faire avec notre Ve République, préparons-nous au pire, car la dictature pourrait bien sonner le glas de nos libertés.
Jean-Yves BORIAUD,Les cinq plaies de la République, HISTORIA, mars 2019, 5,70 €
L'invisible collège

Après la tyrannie de Cromwell, la décapitation du roi Charles Ier, vint la Restauration du roi Charles II et un apaisement politique que les sujets de la Couronne anglaise réclamaient de leurs vœux. Un homme, Sir Robert Moray entreprit de mettre en place une société érudite et réunit dans ce projet des hommes que tout opposait, puisque certains avaient soutenu Cromwell et son puritanisme outrancier, d'autres le roi mort sur le billot. Moray s'inspira de rituels maçonniques qu'il connaissait et pratiquait. Malgré la guerre contre les Néerlandais, la Grande Peste, le Grand incendie de Londres, il mena à terme son projet qui survécut à ces vicissitudes. La mission de départ pour les scientifiques était de résoudre le problème de la position exacte d'un bateau sur une longitude qui n'a aucun repère naturel contrairement à la latitude et donc d'inventer un chronographe efficace, l'Angleterre possédant à cette époque, vers 1660, une marine dans un état pitoyable qui se devait maintenant de rivaliser avec son puissant voisin, les Provinces-Unies. La Royal Society fut créée le 28 novembre 1660 à Gresham avec pour mission unique de discuter de sujets scientifiques, les sujets de politique ou de religion étant exclus des débats. Furent admis en son sein des scientifiques de renom, tels que Christopher Wren, Robert Boyle, Elias Ashmole, un des premiers francs-maçons spéculatifs, John Wallis, mathématicien de renom précurseur des travaux de Newton, inventeur de l'orthophonie, Isaac Newton qui fut président. Sa devise Nullius in verba, ne croire personne sur parole est le fondement même de l'expérimentation scientifique. Les travaux de cette société contribuèrent également à créer la première revue scientifique.
Ce Collège que décrit Robert Lomas montre que la franc-maçonnerie protégée par Charles II fut une force motrice du progrès scientifique.
Robert Lomas, L'invisible collège, éd Dervy, 360 p, 22 €
Histoire de la Grèce Antique
Voici un ouvrage qui est véritablement un modèle de synthèse car en 50 pages les auteurs parcourent l'histoire de la Grèce antique avec des éléments-clés, des faits politiques, des dates dans un souci de clarté et d'efficacité. Le lecteur se promène de l'époque mycénienne jusqu'à la Grèce romaine sans jamais perdre le fil chronologique. A noter également un panorama de l'art grec avec une évocation de la céramique, de la sculpture et des bronzes.
L'histoire de la Grèce antique, éd Du Rocher, éd 1999, 144 p
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