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La Méditerranée, mer de nos langues

19 Avril 2020 , Rédigé par Christophe DOSTA Publié dans #Histoire

Louis-Jean Calvet retrace dans cet ouvrage qui a reçu le prix Ptolémée en 2016 le façonnage des neuf langues parlées autour du bassin méditerranéen en évoquant en premier lieu le rôle fondateur des Phéniciens, la base des premiers alphabets, l'apparition du phonétisme et les premiers textes puniques qui semblent être aux racines de l'arabe d'aujourd'hui. Quant à l'hébreu, langue du Livre, elle est devenue une langue mythique au XVIe siècle, mais elle est aujourd'hui une langue parlée essentiellement par les religieux. Elle semble aujourd'hui engloutie en Israël par les diverses langues des migrants juifs, russes, allemands, français et autres. On ne peut parler de la Méditerranée sans évoquer les empires grec et romain.  Alexandre le Grand a conquis un empire jusqu'aux confins de l'Inde et a par conséquent laissé une trace indélébile dans les parlers des peuples conquis, notamment lors de la construction de nouvelles villes, dont Alexandrie en Egypte a laissé une belle place dans l'imaginaire collectif. Cependant les troupes d'Alexandre venues de Macédoine, constituées d'alliés, de mercenaires s’exprimaient en divers dialectes ou parlers, ce qui permettra la naissance d'une langue véhiculaire, la koiné, qui grâce à l'armée deviendra une langue administrative parlée de l'Egypte à l'Indus et qui coexistera plus tard avec le latin. Le latin, ce dialecte parlé par peu de locuteurs dès ses origines et dont le centre géographique est enclavé dans les régions où l'on parle l'étrusque, l'osque par exemple va s'imposer comme la langue hyper centralisatrice qui donnera naissance à nos langues romanes que sont le français, l'espagnol, l'italien, le roumain, le corse, le sarde, le provençal, l'occitan et autres dialectes locaux. A la chute de l'Empire romain, ce morcellement d'unités va imposer de nouveaux parlers et condamner à long terme le latin réservé à une élite intellectuelle qui ne tiendra pas ou peu compte de l'irréversibilité du phénomène. A la mort de Mahomet en 632, l'arabe est une langue parlée par des tribus bédouines, mais inlassablement les troupes musulmanes vont conquérir ce monde méditerranéen de manière concentrique de l'Indus à l’Espagne avec pour capitale Bagdad. Puis viendront le temps des Croisades, qui constitueront également des chocs civilisationnels, qui mettront en lumière les incompréhensions de deux mondes, l'un chrétien, l'autre musulman et une lutte sans merci. La Reconquista permet au monde chrétien de reprendre pied dans la péninsule ibérique, mais met en abyme le cas particulier de la langue espagnole truffée de vocables arabes, tout comme à Chypre et à Malte.

Puis l'auteur met en avant quelques mots typiquement méditerranéens comme l'olive, l'huile et le pétrole, ces trois mots aux destinées bien singulières et qui constituent aujourd'hui des données économiques mondiales. Ensuite Louis-Jean Calvet se penche avec une acuité particulière sur l'histoire des truchements, des drogmans, issus d'écoles de traduction spécifiques, mais qui ont toujours suscité la suspicion compte tenu de leurs connaissances des langues à interpréter, ce qui permet à l'auteur de conclure son ouvrage sur les politiques contemporaines de préservation des langues, de leur reconnaissance internationale, de rappeler l'histoire des pays autour de la Méditerranée, notamment la Turquie et la Grèce. Des tableaux statistiques permettent de mieux comprendre les flux inégaux de traduction. C'est pour quoi Louis-Jean Calvet milite pour une approche écolinguistique et géopolitique des langues de la Méditerranée.

Louis-Jean Calvet, La Méditerranée, mer de nos langues, éd. Biblis, 382 p., 10,00€

 

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