essais
La raison ou les dieux
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La philosophie se trouve de plus en plus mobilisée devant l'invasion agressive du religieux, et à cet égard, Pierre Bouretz rebat les cartes. Les néoplatoniciens fréquentaient le temple d'Isis et un tenant de Platon se levait la nuit pour chanter à la Lune. Cet ouvrage tente de découpler la philosophie de l'athéisme et démontre que la raison s'est accommodée de la théologie païenne.
Pour l'auteur, la théurgie regroupe la rationalité la plus exigeante et les pratiques insolites. La théurgie est "un répertoire d'actions visant à exercer une contrainte sur les dieux par la manipulation de leur nom, par des rituels ou des gestes que nous assimilons, nous, à de la magie."
En son temps, deux penseurs de l'école platonicienne s'affrontaient sur la manière de s'entretenir avec les dieux : ou les dieux sont invisibles ou bien il existe une communauté entre les dieux et les hommes, ce qui validerait la notion de culte sacré. Le cosmopolitisme a ainsi permis d'intégrer à terme les sagesses barbares. Pierre Bouretz tente de déconstruire deux préjugés : le platonisme tardif n'est pas un affaiblissement de la philosophie grecque, et saint Augustin n'est pas le seul à porter en lui les derniers éléments de la culture grecque, car l'école d'Athènes fut fermée en 529 par Justinien. Pour l'auteur, si la pensée grecque s'est étiolée, c'est bien à cause de contingences extérieures. Il est nécessaire, voire urgent de réconcilier la philosophie et la théologie, mais sans les confondre.
Pierre Bouretz, La raison ou les dieux, éd. Gallimard NRF Essais, 30 €
Avec les fées
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" Les dieux s'en sont allés et tout ce qui était beau, tout ce qui était noble, ils l'ont emporté avec eux". En miroir de ce texte de Schiller, Sylvain Tesson a tenté de rencontrer cette beauté en partant de la Galice jusqu'aux îles Shetlands en bateau avec des amis marins et parfois débarqué sur la côte pour parcourir à pied les côtes sauvages des pays celtes et vikings. C'est sa quête du Graal. "Que cherches-tu chevalier ?
- Je cherche à chercher.
- Trouveras-tu ?
- Je ne veux pas trouver.
- Où vas-tu ?
- Où continue la quête.
- S'achèvera-t-elle ?
- Sa fin est de ne pas en avoir"
Au fond, voici cette mantra qui a permis à Sylvain Tesson de mener ce voyage et de trouver l'amour dans l'expression de la nature et chez quelques êtres humains.
Sylvain Tesson, Avec les fées, éd. Equateurs Littérature, 217 p., 21 €
Jean-Sébastien Bach
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En érudit parfait et en théoricien talentueux de la musique, l'auteur nous entraîne dans une vie de Bach parsemée d'indices codés relatifs à ses compositions, empreinte d'un mysticisme dédiée entièrement à Dieu. "On n'atteint vraiment Bach que dans le secret de notre esprit, c'est très troublant comme s'il était Dieu." Nombreux compositeurs qui lui ont succédé l'ont pris pour modèle, se sont inspirés de son oeuvre et de ses talents hors normes. Mozart considérait que sa musique avait quelque chose de moderne, et ce, un siècle après sa mort. Debussy le vénérait, Mendelssohn l'a redécouvert et a proposé sa Passion selon saint Matthieu à un public allemand qui découvrait sa musique, vouée aux oubliettes depuis des lustres. René Belletto considère que le propre des artistes est de verser dans l'imitation pour tuer le père et pour comprendre sa propre personnalité. 27 séquences à lire pour cerner l'homme et démystifier sa musique trop souvent considérée comme froide. Bach, c'est l'arithmétique au service de son art et la personnification la plus pure du système tonal.
René Belletto, Jean-Sébastien Bach, éd P.O.L., 112p., 10 €
Nous, l'Europe
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Alain Gaudé rappelle avec insistance notre continent, sa révolution industrielle, ses richesses, ses peuples, ses angoisses, les guerres mondiales, les dictateurs, ses cendres, ses nationalismes, ses populismes actuels, pour nous dire que notre richesse tient dans ce qui nous lie ; l'appartenance à un continent, la connexion à un sentiment supra-national. Ce texte est un plaidoyer pour l'unité européenne, un manifeste contre les hommes providentiels qui voudraient nous faire marcher au pas et une ode à la laïcité, seul rempart contre les fanatismes. Ce livre doit devenir le livre de chevet de tous les Européens et surtout des politiciens qui tiennent notre destin en main.
Alain Gaudé, Nous l'Europe banquet des peuples, éd. Actes Sud, 183 p., 17,80 €
Sur la route du papier
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Qui mieux qu'Erik Orsenna peut expliquer son désir de retracer l'épopée du papier, sinon lui-même.
Un jour, je me suis dit que je ne l'avais jamais remercié. Pourtant, je lui devais mes lectures. Et que serais-je, qui serais-je sans lire et surtout sans avoir lu ? [...] Alors j'ai pris la route. Sa route. De la Chine à la forêt canadienne, en passant par la Finlande, la Suède, la Russie, l'Inde, le Japon, l'Indonésie, l'Ouzbékistan, le Brésil, l'Italie, le Portugal et bien sûr la France, j'ai rendu visite aux souvenirs les plus anciens du papier. Mais je me suis aussi émerveillé devant les technologies les plus modernes. Saviez-vous que le chiffre d'affaires planétaire du papier l'emporte sur celui de l'aéronautique ? Comme je me préparais au départ, une petite voix m'avait soufflé : « Deux mille ans que la planète et le papier cohabitent. Plus tu en sauras sur lui, mieux tu apprendras sur elle. » La petite voix n'avait pas tort. E. O.
Erik Orsenna, Sur la route du papier, éd Kindle
Petit traité sur l'immensité du monde

Jérôme Garcin considère que le livre de Sylvain Tesson est "une philosophie de l'errance". Pour ma part j'y vois un bloc-notes du vagabond penseur. Avec l'auteur rien n'est dû au hasard, ses marches à travers l'immensité du monde sont calculées, préparées, il est un wanderer génial qui laisse l'humanité à sa juste place et qui se lance corps et âme dans le mouvement sans autre but que de se fondre dans la nature. Il est un nomade de l'instinct et de l'instant. Sa vision de géographe lui permet de renvoyer l'homme dans le concert de la Terre et de retrouver les impressions des premiers hommes.
Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde, éd. Pocket, 167 p., 6,08 €
L'affaire Arnolfini

Jean-Philippe Postel, fasciné depuis des années par ce tableau de Jan van Eyck, a entrepris une lecture symbolique de cette oeuvre en décortiquant chaque objet offert à notre vue. Avant toute chose, je conseille ardemment de se procurer sur la Toile une copie de ce chef-d'oeuvre, notamment dans la rubrique Jan van Eyck de Wikipedia qui autorise son grossissement. L'auteur, avec une minutie de policier scientifique révèle l'histoire de cette toile, sa symbolique forte que je ne révélerai pas dans ce texte. Schématiquement, en premier lieu, la ligne verticale qui coupe le tableau en deux nous indique la séparation entre la vie et la mort et en deuxième lieu sa géométrie générale révèle un mot. Enfin la dernière énigme qui semble expliquer le tout est la présence du miroir convexe présent au fond du tableau. Ce livre est un vrai régal pour découvrir une toile mystérieuse et la signification de symboles dont on a perdu souvent le sens.
Jean-Philippe Postel, L'affaire Arnolfini, éd Actes Sud, 122 p., 18,00 €
Sur les lois somptuaires

Montaigne fustige dans ce chapitre le dress code, la mode qui change comme girouette au vent, notamment lorsque le prince établit de nouvelles manières de s'habiller et qui par ce fait prône le luxe ostentatoire, avant même une certaine rigueur morale. Montaigne n'est pas tendre avec ses contemporains qui recherchent constamment à faire plaisir au souverain en copiant une mode et en rejetant sans vergogne la précédente. Il évoque notamment le décès de Henri II et les caprices enfantins de Henri III en matière de tenue vestimentaire. C'est en quelque sorte le fait de mettre la mode au pays qui peut engendrer des jalousies voire des disparités odieuses entre la cour et la ville. Pour lui ce sont des erreurs superficielles, mais de mauvais augure, car la maçonnerie se détériore quand nous voyons se fendiller l'enduit et le crépi de nos murs. Il reste convaincu que seules les mauvaises choses doivent changer et que seul Dieu a su donner des institutions pérennes que nous ne pouvons mépriser. La frivolité n'est ainsi, ni un gage de durée ou de sérieux.
Michel de Montaigne, Les Essais, Sur les lois somptuaires, éd. Gallimard, 1376 p., 32,00 €
Montaigne Les Essais

Post-confinement encore. Depuis le début de cette crise sanitaire, il a été beaucoup question de Montaigne, cet homme à la conscience tranquille, peut-être pour deux raisons : il a connu la peste à Bordeaux, il en a été le maire, comme un écho à nos élections municipales du 8 mars. Enfin et surtout, sa conclusion est nette et sans détour : "Pour moi donc , j'aime la vie"
Montaigne, Les Essais, en français moderne, éd Gallimard, 1200 p., 32,00 €
Montaigne

Montaigne qui fut élu deux fois maire de Bordeaux a pu faire un amer constat dans ses Essais: " Le bien public requiert qu'on trahisse, qu'on mente et qu'on massacre." Il a certes connu la peste à Bordeaux, les tueries de la Saint-Barthélémy, mais sa pensée mérite qu'on s'interroge sur les travers et perversions des hommes d'Etat.
Montaigne, Les Essais.
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